L’écart de conduite

, par  Jessica Noguera , popularité : 5%

C’était un doux matin d’hiver, j’avais dix ans. J’habitais avec mon père une belle et vaste maison aux alentours de Paris. Je n’ai jamais connu ma mère, elle était morte à ma naissance, mais tout l’amour que me portais mon père comblait largement le manque. Mon père avait une grande nouvelle à m’annoncer et j’étais tellement impatiente que je manquai de peu de tomber des escaliers.

Une fois descendue, j’aperçus mon père comme à son habitude, dans son grand fauteuil couleur sapin, lisant le journal matinal. Je pris place en face de mon lui. Devant moi, mon grand bol de lait et mes tartines de confitures étaient soigneusement alignées sur la table, c’était tout mon père ça, grand maniaque. Je le vis poser son journal près de lui et s’adressant à moi il dit :

« _Tu te rappelle, il y a environ une semaine je t’avais expliqué que j’allais sûrement changer de travail et partir en Amérique pour commencer les premiers plans de la nouvelle fusée des Américains. Et bien à vrai dire, ils m’ont contactés hier et je dois partir dès demain.

Cool, ont va avoir une aussi belle maison qu’ici ! Hein papa ?

Oui, oui mais il y a un problème. Je sais pas très bien comment t’en parler mais dès mon arrivé je devrais me mettre au boulot le plus rapidement possible et j’aurais très peu de temps à t’accorder, c’est pour cela que j’ai décidé de te laisser ici pendant trois mois, en pensionnat.

Quoi ? Tu me laisses ? Le coupais-je.

Mais non ! D’ici trois mois je te récupère et ont s’occupera de la décoration de notre nouvelle maison tous les deux ! Et puis je t’ai inscrite dans le meilleur pensionnat de la région. Tu auras le même confort qu’à la maison. »
Bouche bée, je parti en courant dans ma chambre, j’avais encore du mal à réaliser et comprendre que mon père allait me laisser ici, à des inconnus, pendant trois mois pendant que lui serait de l’autre côté de l’Atlantique plus occupé par sa fusée que par le sort de sa fille.

Deux heures plus tard, mes affaires enfin prêtes, j’entendis la voix de mon père me signalant l’arrivée du taxi. Lors du trajet il entreprit un long discours d’au revoir mais mon esprit était ailleurs. J’imaginais comment serait la vie en pensionnat, loin de ma seule famille, entourée d’inconnus. Arrivée là-bas, devant cet immense mur noir où s’encrait une immense porte en chêne, je réalisais plus que jamais que mon père était sur le point de m’abandonner. Je retenais mes larmes, dans ces moments c’était ma seule dignité. Je ne pris même pas la peine d’embrasser mon père et me laissais conduire jusqu’à ma chambre, sans un mot.

Je venais à peine de finir de ranger mes affaires quand une des éducatrices du pensionnat vint m’avertir que le dîner allait être servit. En entrant dans la salle, tous les regards se dirigèrent vers moi et des chuchotements jaillirent dans toute la salle. J’étais mal à l’aise, pas besoin d’avoir un grand QI pour comprendre que les discutions s’adressaient à moi. Je pris place tout au bout de la table. C’est pendant le repas que je fis connaissance avec Chloé et Alice. Une jolie brune aux yeux châtains et une petite blonde aux joues toutes roses. Avant le premier cours de l’après-midi elles me firent une visite rapide du pensionnat et me décrire le caractère de chaque individu présent dans le bâtiment. A part la directrice, les deux cuisiniers et la femme de ménage, tout le monde était assez aimable. A part peut-être la fille de la directrice, Justine, ainsi que ses deux meilleures amies Frédérique et Charline.

Cela faisait déjà un mois que j’étais dans ce pensionnat, et je m’y plaisais assez. Bien sur, les cours étaient incroyablement ennuyeux et semblait durer éternellement mais je m’entendais à merveille avec Chloé et Alice ainsi qu’avec les autres pensionnaires. Lorsqu’un après-midi, au fond du jardin, j’entrevis Justine en train de persécuter l’une des plus petites filles de la pension. Prise de colère je couru vers elle et l’insultant, je la poussai alors dans un buisson de ronce. Je ne le réalisais pas encore mais j’allais payer mon geste très très cher. Morte de honte et rouge de colère, Justine parti en courant vers le bâtiment, sa jupe en lambeau et son maquillage détruit par les pleurs. Peu de temps après je fut convoquée par la directrice. J’entrai dans son bureau, redoutant sa forte voix et son regard méprisant.

« _ J’ai eu connaissance de l’incident de cet après-midi, tu vois de quoi je parle ?

Oui madame répondis-je poliment.

Je n’admets dans mon établissement aucun égard de conduite, c’est pour cela que tu travailleras désormais avec la femme de ménage et aidera dans les cuisines.

Mais...

Non, ma décision est prise. Tu es attendue dans une demi-heure en cuisine. »

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