L’élection de M. Phismeto

, par  Quentin Ruiz , popularité : 4%

Maintenant que je suis vieux, il faut que je vous raconte une histoire qui m’a été contée par un homme que j’ai rencontré un peu par hasard lors d’une soirée bien arrosée.

« Nous sommes en 1950, pendant les élections municipales, un homme se nommant Mr Phismeto est élu maire de Désiastre, un petit village perdu des Pyrénées Orientales.
Cette commune est située dans la région du Conflent, en plein milieu de la montagne. Les habitants se nomment les Désiastrais, ils sont pour la plupart des agriculteurs qui se contentent de peu pour vivre.

Mr Phismeto était toujours vêtu de vêtements noirs, amples qui ne laissaient pas apparaitre les formes de son corps.
Il fut élu à l’unanimité des voix car lors de sa campagne électorale, il avait promis que s’il était maire, il récompenserait les habitants de Désiastre. Il recevrait dans son bureau un membre de chaque famille afin de recueillir les désirs de chacun d’entre eux. En échange, une simple signature au bas d’un contrat leur serait demandée.

Les habitants qui étaient très pauvres et peu instruits votèrent tous pour lui.

Chacun d’entre eux réfléchissait à ce qu’ils pourraient bien demander. Les idées les plus saugrenues fusaient dans le bistro du village où les habitants avaient l’habitude de se réunir.

La vieille Marie-Jeanne voulait plus de chèvres pour agrandir son troupeau. Le boulanger aimerait avoir beaucoup de maisons qu’il pourrait louer. Léon préférerait avoir de l’argent pour soigner son fils qui était boiteux. Même le curé demanderait des objets d’art pour embellir son église.

Alphonse Debono, alla, le lendemain à la première heure, dans le bureau du premier magistrat de la commune pour obtenir ce que le maire avait promit. Alphonse expliqua la raison de sa visite et M Phismeto parut très intéressé. Alphonse demandait à avoir plus de terres agricoles ainsi que des machines qui lui permettrait d’augmenter la production de ses terres. M le maire acquiesça :

« - Mon amis Alphonse, vos aurez tout ce que vous voulez mais pour cela il vous faut signer mon contrat, dit M le maire en lui tendant un stylo.

- Il y a un problème, expliqua Alphonse, j’ai promis à ma femme de ne pas signer de contrat sans l’avoir lu, et j’ai oublié mes lunettes...

- Mais enfin Alphonse, cela n’est pas un problème, tu me fais confiance mon amis, non ?

- J’ai promis à ma femme, mais comme vous me paraissez de bonne fois, et que je fais une bonne affaire, je vais signer votre contrat. »

Et c’est ainsi que tour à tour, tous les habitants, ainsi que le curé, du village de Désiastre signèrent le fameux contrat de Mr Phismeto en échange des récompenses promises.

Quelques temps plus tard, les villageois, malgré les richesses qu’ils avaient reçues n’étaient pas plus heureux.

Marie-Jeanne était débordée de travail avec tant de chèvres. Le boulanger qui vivait très bien des revenus de ses loyers, ne voulait plus se lever la nuit pour pétrir et cuire le pain. Léon avait dépensé tout son argent dans le bistrot du village, il était devenu alcoolique et son fils était resté boiteux. Les objets d’art de l’église avaient été volés. Alphonse n’avait pas su utilisé au mieux ses machines agricoles et la plupart de ses terres étaient laissées à l’abandon.

Quelques mois plus tard, un dimanche, au moment de la grande messe, M Phismeto entra dans l’église en vociférant, les yeux agars, le teint blafard et les cheveux en pétards. Il exigeait que tous les fidèles sortent de l’église car ils n’avaient plus le droit de s’y trouver.

Dans l’agitation, Mr Phismeto avait perdu son chapeau et déchiré son pantalon. Certains Désiastrais crurent apercevoir des cornes et une grande queue que portaient M Phismeto. Ils pensèrent qu’à cause de leur attirance pour leur bien être et l’argent, ils avaient peut être pactisé avec le DIABLE. Au fur et a mesure, du plus jeune au plus vieux, les habitants de Désiastre disparurent. Nul ne saurait dire où ils étaient passés. »

Cette histoire que je viens de vous raconter, m’a été expliquée par un homme que j’ai rencontré un soir dans une auberge d’un village voisin. Cet homme avait beaucoup bu, il avait l’air de chercher ses mots. Etait-ce à cause de l’alcool ou bien inventait-il ce qu’il racontait ?
Je ne saurais répondre, mais il est vrai que depuis quelques années, le village de Désiastre est laissé à l’abandon.

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