"L’île de Black Mor" de Jean-François Laguionie

, par  Mick Miel , popularité : 14%

En 1803, sur les côtes des Cornouailles, Le Kid, un gamin de quinze ans, s’échappe de l’orphelinat où il vivait comme un bagnard. Il ignore son vrai nom et a pour seule richesse la carte d’une île au trésor tombée du livre de Black Mor, un célèbre pirate auquel il souhaiterait ressembler.
Avec deux pillards d’épaves, Mac Gregor et La Ficelle, Le Kid s’empare du bateau des garde-côtes et se lance à la recherche de la fameuse île à l’autre bout de l’Océan Atlantique. Mais rien ne se passe comme dans les livres de pirates...
En quête de son identité, Le Kid est plus fragile qu’on ne le croit, et bien des aventures l’attendent avant d’arriver à l’Ile de Black Mor...

Film français. Genre : Animation

Date de sortie : 11 Février 2004

Réalisé par Jean-François Laguionie

Avec Taric Mehani, Agathe Schumacher, Jean-Paul Roussillon

Durée : 1h 25min.

Année de production : 2003

Fiche technique

Réalisateur : Jean-François Laguionie

Acteur(s) :

la voix du Kid
 : Taric Mehani

la voix de Petit Moine : Agathe Schumacher

la voix de Mac Gregor : Jean-Paul Roussillon

la voix de La Ficelle : Jean-Francois Derec

la voix de Maître Forbes : Yanecko Romba

la voix du Directeur : Frédéric Cerdal

Scénariste : Jean-François Laguionie, Anik Le Ray

Producteur : Gaspard de Chavagnac, Patrick Moine

Production :

- Dargaud Marina, France

- La Fabrique, France

- Les films du Triangle, France

Equipe Technique :

Compositeur : Christophe Héral

Chef décorateur : Richard Mithouard, Jean Palenstjin

Chef monteur : Pascal Pachard

Distribution : Gebeka Films, France

Secrets de tournage

La genèse du projet

Le réalisateur Jean-François Laguionie a d’abord écrit l’histoire de L’Ile de Black Mor sous la forme d’un roman. Une histoire qui est le fruit de tous ses rêves d’enfance, des rêves d’aventures de mer inspirés de Joseph Conrad et Robert Louis Stevenson.

De nombreuses difficultés émaillèrent la mise en oeuvre du projet, comme l’explique Jean-François Laguionie : "Je ne pouvais pas m’empêcher de comparer ce projet à ces bateaux en construction qui n’arrivent pas à prendre le large : scénario refusé par les télévisions françaises, pas de producteur, budget de développement réduit au maximum. En attendant, on continue à y croire : paufiner les dialogues, dessiner des rochers et des bateaux sur les côtes d’Irlande ou de Cornouaille, des visages dans les pubs irlandais... On continue à y croire, les marins connaissent cela."

Un spécialiste de l’animation

L’Ile de Black Mor marque le retour de Jean-François Laguionie, spécialiste renommé de l’animation française révélé en 1965 avec le court-métrage La Demoiselle et le Violoncelliste. Après ce coup d’essai en forme de coup de maître, il se distinguera notamment avec un autre court-métrage intitulé La Traversee de l’Atlantique a la rame (1978, Palme d’Or de la catégorie au Festival de Cannes) puis avec les longs métrages Gwen le livre de sable (1985) et Le Château des singes (1999).

Une documentation poussée

Toute l’équipe de L’ile de Black Mor s’est beaucoup documenté pour conférer au film d’animation toute son authenticité. Quelques séjours en Bretagne ont ainsi permis de donner au film toute sa personnalité. Les décors sont ainsi inspirés des affichistes paysagers des années 30, alors que le style des personnages se rapproche des caricaturistes du XIXe siècle tels Daumier ou Granville. Par ailleurs, la scénariste Anik Le Ray a fréquenté de manière assidue les musées et bibliothèques pour tout connaître des bâteaux de l’époque.

Equipe réduite pour projet d’envergure

L’équipe technique de L’Ile de Black Mor était constituée de 13 membres, soit six dessinateurs, quatre personnes chargés de réaliser les décors et trois au département des modèles. Pour des raisons économiques, il fut décidé de réaliser la majeure partie du film d’animation en Asie, où les coûts de production sont moins élevés.

Enregistrement en mer
Pour enregistrer le bruit de l’eau sur une coque en bois, des voilent qui claquent et du grincement des cordages, l’équipe de L’Ile de Black Mor s’est rendu en Bretagne sur un véritable bateau de quinze mètres de long.

Critiques Presse

Le Monde - Thomas Sotinel

Le charme très spécifique de L’Ile de Black Mór tient surtout à sa mise en scène. Au graphisme très particulier, qui esquisse les personnages tout en donnant aux décors une netteté qui relève aussi bien de la tradition japonaise que de la ligne claire de la bande dessinée belge. Aux couleurs étouffées, délicates, qui vont à l’encontre des explosions habituelles au dessin animé, et à l’animation douce et fluide qui fait bouger marins et bateaux comme sur la mer, la vraie, comme dans les rêves.

Un parfum ténu et entêtant se dégage de ce film modeste et courageux dont la dernière vertu, mais pas la moindre, est d’imposer à ses spectateurs, et donc à un certain nombre d’enfants, un changement de rythme radical.

L’Île de Black Mór prouve que l’aventure n’est pas nécessairement haletante, qu’elle peut embarquer ses spectateurs sans recourir aux brutalités des sergents recruteurs dans les ports, préférant les armes de la rêverie. ”

Cinéastes - Hendy Bicaise

Le film provoque (...) un plaisir grandissant jusqu’au bout, porté par quelques rebondissements et une partition musicale superbe (...) Après le splendide Corto Maltese de Pascal Morelli, l’animation française vogue bien vers les sentiments.

Télérama - Isabelle Fajardo

Le récit de Jean-François Laguionie est d’abord une vision, une rêverie marine. Mélancolie des gris de la Cornouailles, tendresse des ocres, des bleus, des prunes au large. Tout ici est beau et caressant : les ciels mouvants, le balancement des roseaux sur la grève, le souffle du vent dans la voilure du Fortune...

L’Ecran Fantastique - Stéphanie Vandevyver

Malgré un prélude un peu lent, l’histoire se laisse suivre avec un réel plaisir. Rythmé par de nombreux rebondissements (qui ne tiendront cependant pas très longtemps les adultes en haleine), le scénario joue la carte de la linéarité, ce qui permet d’approfondir la psychologie des personnages, et évite ainsi les caricatures trop simplistes (...)

Aden - La rédaction

(...) un vent de fantastique souffle même parfois sur ce film au stylisme un peu rétro - comme les belles images d’un livre d’aventures.

Le Figaro - Emmanuelle Frois

Jean-François Laguionie largue les amarres et fait souffler le vent de l’aventure en plein XIXe siècle.

Le Figaroscope - Dominique Duthuit

Le souffle épique du récit, la valeur documentaire du milieu décrit, le découpage habile des séquences, l’efficacité et la sobriété du trait, la justesse psychologique des personnages participent à la construction d’une belle oeuvre cinématographique destinée à tous les âges.


L’Humanité
- Vincent Ostria

S’il est très influencé par les romans de Robert-Louis Stevenson, le cinéaste s’éloigne des conventions du genre avec une touche légère et un graphisme aéré, mariant les teintes pastel et l’aquarelle. Pas beaucoup de bruit et de fureur dans cette histoire, mais un solide sens du récit.

Les Inrockuptibles - Vincent Ostria

Un récit de pirates bien mené, un graphisme raffiné, une réussite française du cinéma d’animation.

Libération - Michel Roudevitch

Une envoûtante invitation au voyage, aventureuse et même amoureuse (...).

aVoir-aLire.com - Gaëlle Lennon

À travers de très beaux plans panoramiques sur le paysage ou resserrés et intimistes, Jean-François Laguionie révèle, en plus de son coup de crayon, un regard attentif et contemplatif (...). Une petite douceur qui a le sel d’une grande aventure.

Positif - Jean A. Gili

A l’heure où pirates et corsaires sont à la mode, le film de Laguionie montre que l’animation, presque sans effets, peut offrir une dimension idéale pour les rêveries et les univers mystérieux.

Première - Olivier Lemaire

L’histoire se consume à la manière d’un carnet de guerre qui, pour une fois, ne cherche ni ne trouve de morale dégoulinante. Il est bon parfois de se sentir l’âme d’un voyageur libre.


Studio Magazine
- Thierry Cheze

Si la forme des visages manque de précision, la limpidité du trait offre en revanche des décors somptueux, écrins idéaux pour cette oeuvre plus spécifiquement tournée vers le jeune public, sans pour autant exclure les plus grands.

Le Point - La Rédaction

(...) Laguionie fait preuve d’un sens de la fable et d’une poésie visuelle remarquables. Confirmant ainsi, après Les Triplettes de Belleville et La Prophétie des grenouilles, l’excellent niveau de l’animation française.

TéléCinéObs - Bernard Achour

(...) le tout est emballé avec un soin qui fait peu à peu oublier l’absence de véritable originalité du projet.

Ciné Live - Laurent Dijan

Si son récit (Jean-François Laguionie) maritime ne se hisse certes pas au niveau des maîtres ou à celui du Sinbad de Dreamworks (...), les aventuriers en culotte courte

Présentation de L’Ile de Black Mor 17/11/2008 à Prades

Vous avez-lu la fiche CNC, vous avez peut-être même vu l’affiche du film, vous connaissez le titre, vous avez donc quelques idées sur le film, sur le genre, au moins : c’est en effet un film de pirates !

Alors que peut-on dire sur ce film, sans parler de l’histoire ? Ce qui serait bien cruel...

Déjà que « L’île de Black Mor » est un film d’animation, un dessin animé (explications). Et le dessin animé, c’est un genre mineur, un genre pour les enfants, ce n’est pas un genre très sérieux. Or, « L’île de Black Mor » est un film qui parle de beaucoup de choses très sérieuses : d’aventures bien sûr, mais aussi de liberté, d’amour, d’amitié, de quête d’identité, de recherche du bonheur et du sens de la vie. Vous verrez ce qu’il se passera d’inhabituel avec le trésor à la fin, car il y a un trésor à la fin bien sûr.

« L’île de Black Mor » est aussi un film qui est, qui fait « vrai » au moins. C’est étrange en fait pour un dessin animé... Même si l’histoire est romancée, imaginaire, n’est pas « vraie », tout ce qu’on y voit est comme à l’époque : les costumes, les bateaux, les décors, les paysages.

Nous sommes plusieurs dans cette salle à avoir eu la chance de rencontrer le réalisateur, Jean-François Laguionie il y a deux ou trois semaines. Et évidemment, il nous a raconté beaucoup de choses sur son film. Ce serait impossible de vous les résumer en quelques minutes, mais je vais vous répéter les points les plus importants et vous donner des clés pour entrer plus profondement dans le film et mieux le comprendre.

D’abord l’Ile de Black Mor au début, était un roman dans lequel il y a mis beaucoup de ses rêves et de ses lecture d’enfant, des rêves d’aventures de mer inspirés par « L’Île au trésor » de Robert Louis Stevenson et d’autres encore. Quand on le voit d’ailleurs ... il a gardé quelque chose d’enfantin dans le bon sens du terme.

Ensuite que lui et son équipe se sont énormément documentés pour ce film (pendant des mois, c’est long de faire un film) dans les musées et les bibliothèques pour tout connaître de la vie de l’époque, les bâteaux en particulier. L’équipe s’est même rendu en Bretagne sur un véritable bateau de quinze mètres de long pour enregistrer le bruit de l’eau sur la coque en bois, celui des voiles qui claquent et du grincement des cordages, les mouettes. Il faudra être très attentif à la bande son, aux bruits. Le cinéma, c’est au moins autant du son que de l’image. Et pour ce film, il y a eu un gros travail. Ils ont été sur les côtes d’Irlande et de Cornouaille. Ils ont fréquenté les pubs et les tavernes pour retrouver l’atmosphère de l’époque. Il faut dire que Jean-François Laguionie est aussi peintre et qu’il a fait des croquis des personnages, des paysages...

Pours les décors ils sont finalement inspirés des affiches de paysages des années 30 et pour les personnages des caricatures du XIXe siècle comme celles de Daumier. Vous verrez, le directeur du bagne pour enfants a un air familier avec sa tête en poire...

Enfin, malgré tout ce travail, le film a failli ne jamais être fait faute d’argent...

Pour conclure, voilà un film très documenté, très sérieux donc, qui reste un film d’aventure, de découverte, de pirate. Preuve qu’on peut concilier plaisir et connaissance. Pour ma part, je l’ai vu 6 ou 7 fois, j’ai fait deux stages à son sujet, et j’ai toujours le plaisir de le revoir et d’y découvrir des choses nouvelles. J’espère que ce sera un plaisir partagé. Bonne séance à tous.

Mick Miel

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