Brenda Ann Kenneally

, par  Mick Miel , popularité : 4%

Brenda Ann Kenneally est la lauréate 2008 du Prix Canon de la femme photojournaliste. Son reportage Upstate Girls, ce qu’il advient de Collar city, est un témoignage de la misère aux Etat-Unis.

Les mots du jury

Brenda Kenneally s’attache avec force à traduire les questions et les vicissitudes sociales. Dans son travail « Pictures from my Neighborhood », elle a suivi pendant des années des familles et des générations américaines, en proie à la pauvreté et à l’addiction et qui se battent dans l’espoir d’une vie meilleure. Elle écrit avec ses photographies une véritable épopée de notre époque, comme Thomas Mann le fit en son temps dans son livre “The Buddenbrooks”. Elle va pouvoir poursuivre son projet à long terme sur les « Upstate Girls » de Troy et témoigner ainsi un peu plus des ravages de la misère post-industrielle.

Ruth Eichhorn, Geo Allemagne

Le choix du jury récompense la persévérance d’une photographe sur un sujet délicat, qui demande de longue heures d’attente et d’écoute. Un reportage qui peut paraître moins prestigieux que certains reportages sur des endroits chauds de la planète mais qui n’en est pas moins indispensable. Il entre dans le quotidien de gens très proches de nous, mais que nous préférons ignorer. Les photographes sortent rarement indemnes de ce type de reportage. C’est un engagement personnel, qui demande beaucoup.

Marc Simon, VSD

Par son regard à la fois acéré et sensible, elle dévoile un des visages de l’Amérique d’aujourd’hui que l’on ignore trop souvent, celui de la grande pauvreté, à la fois physique et morale. En tant que journaliste, les photos de Brenda Kenneally me semblent répondre parfaitement à ce que j’attends d’une photojournaliste : à travers l’émotion, faire mieux connaître et comprendre le monde.

Moïra Sauvage, journaliste

Jeudi 03 septembre 2009 par Sarah LEDUC, envoyé spéciale à Perpignan

Au Festival du photojournalisme Visa pour l’image de Perpignan, Brenda Ann Kenneally expose "Upstate Girls", une enquête de cinq ans sur la classe ouvrière américaine dont elle est elle-même issue. Portrait.
Brenda Ann Kenneally est ce qu’on appelle un personnage. Vêtue de noir de la tête au pied, piercing dans le nez, tatouages auGrandeur et misère de l’Amérique dans le viseur de Kenneally henné sur les chevilles et les poignets, elle arrive au rendez-vous avec plus d’une heure de retard. Son interview précédente a traîné en longueur. Elle a trop parlé. Elle est intarissable. Et pour cause.

Le travail que cette photographe américaine expose à Visa pour l’image, "Upstate girls - Ce qu’il advint de Collar City", raconte des histoires. Celles des femmes de Troy, une petite ville de l’Etat de New York qui fut le symbole de la croissance américaine et est devenue victime de la crise industrielle.

Dans l’intimité des filles du Nord

Pendant 5 ans, la photographe a suivi six jeunes femmes qui ont grandi et mûri dans la misère financière et intellectuelle. Abandonnées par leur compagnon, sans formation, elles accumulent les petits boulots pour faire vivre les flopées d’enfants qu’elles ont eus adolescentes.

Brenda Ann Kenneally s’invite sans difficulté dans leur quotidien et saisi en couleur des moments forts d’intimité : une ado qui vient d’accoucher, deux jeunes femmes qui s’enlacent, des enfants en bataille. Elle instaure cette proximité naturelle qui fait la particularité de ses photos. Elle s’en explique à FRANCE 24 : "L’intimité, c’est plus difficile d’en sortir que d’y rentrer. Quand t’es là-bas, tu participes. Si on doit aller chercher des enfants à l’école, si quelqu’un vient de se faire arrêter dans la rue, si un chien vient de se faire renverser et que la mère doit filer, tu restes et tu gardes les mômes. On t’implique."

"C’est ce que j’aurais pu devenir"

Troy n’est pas une ville anodine. Brenda Ann Kennealy y a grandi, dans un environnement familial semblable à ceux qu’elle photographie. Son père, alcoolique et accroc au jeu, part alors qu’elle n’est qu’une enfant. Très tôt livrée à elle-même, elle tombe dans la petite délinquance.

Maison de redressement à 12 ans, toxicomanie à 16, elle fuit pour la Floride dès sa majorité. Une descente aux enfers qui dure plus de 10 ans. A 26 ans, elle reprend sa vie en main et entame une cure de désintoxication. Bien qu’attirée par le chant, c’est avec la photo qu’elle trouve sa voie. "Quand j’ai commencé à prendre des photos, c’était comme une évidence. Ça sonnait juste", se rappelle-t-elle. Face à l’évidence, elle ne lâche plus son appareil. 

C’est le hasard qui la ramène à Troy : une commande du magazine Time. Replongée dans ce passé qu’elle avait fuit, elle décide d’entamer ce travail sur ces femmes qu’elle aurait pu devenir. "Mon but quand j’habitais à Troy, c’était de la quitter. Je ne sais pas si je serais toujours en vie si je n’étais pas partie. C’était toxique pour moi. Quand je vois toutes ces filles, je me dis que c’est sûrement ce que je serais aujourd’hui si je n’étais pas partie à Miami Beach il y a vingt ans", confie-t-elle.

L’anti-American dream

Installée avec son fils à New York depuis 1996, Brenda Ann Kenneally n’a pas oublié d’où elle venait et s’attache depuis des années à traduire la misère sociale américaine. Avec "Upstate Girls", elle tente de démêler les causes et conséquences complexes du rêve américain.

Elle montre du doigt les effets pervers de la mondialisation qui dessinent le paysage visuel et social des Etats-Unis. Mais c’est moins un système qu’elle critique, qu’un individualisme exacerbé, un manque de considération pour la classe populaire qui, l’espère-t-elle, changera avec l’ère Obama. "Mon Amérique est celle que je critique. Celle que j’aime et que, merde, je déteste. Avec Obama, ces gens vont retrouver leur place dans le dialogue. C’est facile de critiquer le système mais si chacun faisait attention à son voisin, les choses iraient mieux aujourd’hui." Une leçon d’humanisme.

Titulaire du prix Canon de la Femme photojournaliste en 2008, Brenda Ann Kenneally a été recompensée par un prix World Press Photo en 2003. Son livre "Money, Power, Respect" a reçu le prix du meilleur livre de photojournalisme de
http://iphone.france24.com/fr/20090903-upstate-girls-brenda-ann-kenneally-visa-pour-image-photojournalisme-perpignan

L’oeil derrière le miroir – B.A. Kenneally

septembre 4, 2009 · By Julien

Exposition de Brenda Ann Kenneally.

Elles s’appellent Diana, Kayla ou Roseanne. Elles ont entre un et sept enfants et travaillent plus de 40 heures par semaine dans un fast-food ou un supermarché. Ce quotidien aurait pu être celui de Brenda Ann Kenneally. A 16 ans, la photographe décide de quitter Troy, ville de l’Etat de New York, une des plus importantes de la révolution industrielle. Des prises de vue pour un reportage du Times magazine la conduisent à proximité de son quartier d’enfance. Elle y découvre l’abandon et l’exclusion, symptôme des classes ouvrières de la ville. Pendant que les hommes multiplient les séjours en prison, les femmes s’oublient entre travail, enfants et bien souvent, un autre type de séjour en cure de désintoxication.

Aujourd’hui, Brenda regarde la vie de ces « upstate girls » – filles du nord, ndlr – comme son propre reflet. A travers ce reportage de cinq ans, elle a laissé une énergie visible. Et une esthétique toute personnelle.

La photographe est un œil derrière le miroir. Elle pénètre l’intimité de ces vies qui n’ont jamais appris à vivre, précisément. Les adultes baignent dans la violence et le désœuvrement. Les plus jeunes, livrés à eux-mêmes et sans éducation, sont voués à reproduire le schéma. Une condamnation. D’ailleurs, les images se passent de légende. Brenda Ann Kenneally joue du contraste avec finesse. A renfort de clichés lumineux, c’est tout le réalisme de la douleur qui explose. Hier soir, la projection apportait un complément à l’exposition présentée au Couvent des Minimes. La série en noir et blanc renforçait l’aspect dramatique du document. Terriblement américain.

Aurélie Martin

http://visa.photojournalisme.fr/?p=259

Voir en ligne : Site personnel

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