"Le mécano de la Générale" de Buster Keaton

, par  Mick Miel , popularité : 6%

Le cheminot Johnnie Gray partage sa vie entre sa fiancée Annabelle Lee et sa locomotive, la "Generale". En pleine Guerre de Sécession, il souhaite s’engager dans l’armée sudiste, mais celle-ci estime qu’il se montrera plus utile en restant mécanicien.

Pour prouver à Annabelle qu’il n’est pas lâche, il se lance seul à la poursuite d’espions nordistes qui se sont emparés d’elle et de sa locomotive.

Considéré comme le chef d’œuvre de Keaton, "Le Mécano de la Generale" est peut-être celui de ses films qui offre les plus grandes beautés de mise en scène. Au delà d’une remarquable construction dramatique, c’est la chorégraphie extrèmement rigoureuse des moindres mouvements, toujours inscrits avec une incroyable précision dans l’espace de l’écran, qui impose un univers poétique original et puissant.

“ Buster Keaton n’est pas seulement un des plus grands comiques de l’écran, mais un des génies les plus authentiques du cinéma. [...] Tout au long de ses films, Buster Keaton exprime son obsession d’un certain espace de maladresse et de solitude dont nous ne pouvons trouver au cinéma d’équivalent. ”

Eric Rohmer (La Revue du cinéma n°14 - juin 1948)

Titre original : The General

Film américain.

Genre : Comédie

Durée : 1h 16min.

Année de production : 1927

Fiche technique

Réalisateurs

Clyde Bruckman et Buster Keaton

Acteur(s)

Johnnie Gray : Buster Keaton

Annabelle Lee : Marion Mack

Mr. Lee :Charles Smith

le fils : Richard Allen

le capitaine : Anderson Glen Cavender

le général : Jim Farley

le général de l’Union : Joe Keaton

le général sudiste : Frederick Vroom

Scénario, production

Scénariste : Clyde Bruckman et Buster Keaton

Producteur : Buster Keaton

Equipe Technique

Compositeur : William P. Perry

Directeur de la photographie : Bert Haines

Monteur : Buster Keaton

Echos du tournage

Mis en musique par Hisaishi

A l’occasion de la restauration du Mécano de la Generale en haute définition en 2004, MK2 a confié au compositeur japonais Joe Hisaishi, fidèle collaborateur de Takeshi Kitano et Hayao Miyazaki notamment, le soin de composer une musique. Enregistrée avec les musiciens du Tokyo Philharmonic, cette bande originale s’achève sur une chanson écrite par Georges Moustaki et interprétée par la comédienne Anna Mouglalis

Inspiré d’un fait historique

Le Mécano de la Générale est basé sur des faits réels : en avril 1862, durant la Guerre de Sécession, des espions nordistes se sont emparés, aux alentours d’Atlanta, d’un convoi ferroviaire, ont abattu les poteaux télégraphiques et brûlé les ponts de la région. Mais ces derniers ont finalement été capturés par les troupes sudistes.

Une sortie désastreuse

Le film sortit aux Etats-Unis le 5 février 1927, mais handicapé par sa réputation de désastre financier, il connut une carrière commerciale catastrophique.

Buster Keaton cascadeur

Buster Keaton assurait ses propres cascades et mettait sa vie en danger. Pour preuve, dans Le Mécano de la Generale, il se cogna contre un canon.

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Keaton cascadeur dans "La mécano de la générale"

Une réaction à chaud

Concernant la scène où Buster Keaton et Marion Mack remplissent d’eau le réservoir du train, celle-ci expliquera quelques années plus tard dans une interview qu’elle ne se doutait pas qu’elle allait être éclaboussée. Buster Keaton ne l’avait pas prévenue, si bien que sa réaction à l’écran est authentique.

Les caméos de deux militaires

Deux vétérans de l’armée américaine ont effectué des caméos, ou apparitions à l’écran, dans le film : Glen Cavender, héros de la guerre hispano-américaine à Cuba à la fin du XIXe siècle, et Joe Keaton, le père de Buster Keaton, officier de l’armée nordiste du temps de la Guerre de Sécession.

Vroom / Keaton : deuxième !

Le Mécano de la Générale marque la seconde collaboration entre Frederick Vroom et Buster Keaton. Tous deux avaient déjà été partenaires dans La Croisière du Navigator en 1924.

Premier film du National Film Registry.

Le Mécano de la Générale est le premier film à faire partie du National Film Registry et par la même occasion à bénéficier du National Film Preservation Act.

Le concours du photographe Brady

Chaque plan du film fut composé par Buster Keaton d’après les clichés de Matthew Brady, un photographe de la Guerre de Sécession.

La garde nationale de l’Oregon

Une compagnie de la garde nationale de l’Oregon fut mobilisée pour jouer les soldats confédérés et leurs adversaires de l’Union. Le tournage débuta le 8 juin 1926.

Le recrutement des figurants

Buster Keaton dépensa le tiers de son budget pour recruter 15 000 figurants dans la population locale.

Le problème des incendies

Une douzaine d’incendies provoqués par les étincelles jaillies de la chaudière de la locomotive ralentirent le tournage. La production dédommagera les riverains de 50 000 dollars.

Le plan le plus cher du cinéma muet

La destruction du pont représente le plan le plus cher jamais tourné pour le cinéma muet : 42 000 dollars en 1926.

Le remake

Le Mécano de la Générale a fait l’objet en 1956 d’un remake intitulé La Poursuite infernale. Produit par Walt Disney, ce film fut réalisé par Francis D. Lyon.

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Affiche du remake de Walt Disney

La construction de deux "Générale"

Pour donner un maximum d’authenticité au film, Buster Keaton a exigé la construction de deux locomotives, répliques parfaites de la Générale. A la demande de l’acteur, les deux machines étaient équipées de chaudières à bois. La poursuite a ainsi pu être tournée en décors naturels, dans les plaines et les forêts d’Oregon.

Critiques Presse

Le Point, La rédaction

Monument de l’histoire du cinéma muet, le chef-d’oeuvre de Buster Keaton retrouve aujourd’hui le grand écran dans une copie merveilleusement restaurée. (...) L’occasion de redécouvrir une oeuvre désopilante où le clown triste, héros involontaire des chemins de fer américains, lutte héroïquement, sur fond de guerre de Sécession.

Libération, Antoine de Baecque

(...) si ce film est l’une des plus belles choses de l’histoire du cinéma, c’est qu’il enregistre le burlesque comme une tragédie, qu’il campe un chétif petit corps maladroit (mais si virtuose dans sa maladresse même) au milieu d’un paysage de déraison mécanique et de folie meurtrière.

Le Figaro, la rédaction

Inspiré d’un épisode authentique, un grand chef-d’œuvre du burlesque, où l’impassibilité de "l’homme qui ne rit jamais" fait merveille au milieu de l’accumulation des menaces et des catastrophes.

Télérama, Aurélien Ferenczi

Le mot chef-d’œuvre est évidemment galvaudé, mais en revoyant la course-poursuite du petit conducteur de locomotive, devenu par amour héros de la guerre de Sécession, on reste interdit par l’inventivité des gags, l’ironie permanente du ton, l’audace de la réalisation, la restauration est numérique, pas les effets spéciaux !

Chronic’art.com, Jean-Philippe Tessé

Ce n’est pas vraiment un scoop : Le Mécano de la General, en plus d’être l’exemple le plus abouti de l’esthétique du cinéaste Keaton, est l’un des plus beaux films du monde, c’est bête à claironner mais pourtant incontestable.

Les Inrockuptibles, Jérôme Provençal

Un chef d’oeuvre de Keaton, roi du corps en mouvement et du gag d’essence cinématographique.

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