Buster Keaton

, par  Mick Miel , popularité : 13%

Buster Keaton a souvent été comparé à Chaplin ou aux autres grands de l’époque : Charlie Chase, Harold Lloyd et même Fatty. Tous les historiens qui se sont penchés sur lui finissent par dire la même chose : Keaton était à part. Il l’était du fait que son personnage n’essayait jamais de changer le monde mais plutôt s’adapter à lui. Là où un Charlie Chase jouait de ruse, Chaplin tentait de faire partie de la société ou Lloyd s’essayait par tous les moyens, y compris l’escalade d’édifices, de monter dans l’échelle sociale, Keaton semblait hors de toutes ces considérations. Il vivait tout simplement ; le monde lui était hostile.

Surnommé "L’homme qui ne rit jamais", Keaton ne sollicite pas notre pitié comme Chaplin ou Langdon. Comme Tati plus tard avec M. Hulot, son personnage est indifférent aux tracas infligés par les autres homme. Il cherche un accord entre lui et le monde qui l’entoure (nature, ville, constructions de tous ordres).

Fils d’un couple d’artistes de spectacles itinérants, Joseph Francis Keaton voit le jour le 4 octobre 1895, au cours d’une représentation théâtrale. "Buster" Keaton (ainsi surnommé par le magicien Houdini) fait ses premiers pas au cinéma au printemps 1917, en tournant une douzaine de courts métrages burlesques en compagnie de Roscoe "Fatty" Arbuckle : Fatty garçon boucher (The butcher Boy, 1917), Fatty en bombe (A reckless Romeo, 1917), La noce à Fatty (His wedding night, 1917), Fatty à la fête (Coney island, 1917), Fatty groom (The bell boy, 1918), Fatty cuisinier (The cook, 1918), Fatty et Malec mécanos (The garage, 1919). Lorsque Roscoe "Fatty" Arbuckle est engagé par Adolphe Zukor, Joseph M. Schenck qui avait produit tous ses courts métrages, donne sa chance à Keaton.

En janvier 1920, Keaton devient directeur et responsable de ses propres studios. Entre avril 1920 et mai 1921 : Keaton réalise huit courts métrages dont il est le créateur à tous les niveaux et qui sont une esquisse déjà brillante de son art personnel. Ce crétin de Malec (The saphead, 1920), La maison démontable (One Wee,1920), L’épouvantail (The scarecrow, 1920), Voisins-voisines (Neighbours,1920), Malec chez les fantomes (The haunted house, 1921) - L’insaisissable (The goat, 1921) - Malec chez les indiens (The Paleface, 1921).

Tandis que sa notoriété franchit peu à peu les frontières, en France, on le connaît sous deux pseudonymes : Malec et Frigo. Il épouse Nathalie Talmadge, une jeune actrice rencontrée en 1917 dans les studios de Joseph M. Schenck.

Entre 1921 et 1923, une seconde série de onze courts métrages établit et confirme son art et sa personnalité : Malec forgeron (The blacksmith, 1922), Grandeur et décadence (Day dream, 1922), Frigo à l’Electric hôtel (The electric house, 1922), Frigo déménageur (Cops, 1922), Malec aéronote (The balloonatic, 19213), Le nid d’amour (The love nest, 1923).

Et, après ses pairs Chaplin et Harold Lloyd, Keaton peut enfin aborder la réalisation de longs métrages comiques avec Les trois âges. "Buster" Keaton a atteint son sommet. De 1923 à 1928 : il va écrire, interpréter, réaliser et produire une dizaine de longs métrages qui comptent parmi les plus grandes réussites comiques et poétiques du cinéma muet et du cinéma tout court.

En 1928, Buster Keaton signe un contrat avec la compagnie Metro-Goldwyn-Mayer alors sous l’égide d’Irving Thalberg. Ce dernier, grand maître de la production au pouvoir dictatorial, lui impose ses propres collaborateurs. Keaton n’est plus son maître ; sa liberté de créateur est à jamais aliénée.Les premiers films qu’il va entreprendre à la M.G.M. seront néanmoins des succès : L’Opérateur, Le metteur en scène.

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Buster Keaton vers 1930

Mais, en 1932, commence la période la plus sombre de sa carrière : après son divorce qui l’abat moralement, il se dispute avec Louis B. Mayer, grand patron des studios, qui le met à la porte à la fin du tournage du Roi de la bière. Keaton noit son chagrin dans l’alcool et doit suivre une cure de désintoxication. Il tourne deux films en Europe, dont un en France, Le roi des champs-Elysées.

En 1934, il signe un contrat avec la firme Educational pour seize courts métrages à 5 000 dollars par film jusqu’en 1938. Il tourne ensuite dix autres bandes pour la Columbia de 1939 à 1941 : Les rivaux de la pompe (One Run Elmer, 1935), Romance dans le foin (Hayseed Romance, 1935), Héros de la marine (Tars and Stripes, 1935), Chef d’orchestre malgré lui (Grand Slam Opera, 1936), Le chimiste (The Chemist, 1936), Le magicien (Mixed Magic), Candidat à la prison (Jail Bait, 1937), la roulotte d’amour (Love Nest on Wheels, 1937), Hollywood handicap (1939), nothing but pleasure (1939), the taming of the snoo (1940), the spoo speaks (1940, general nuisance (1941), She’s oil mine (1941).

Mais il a entre-temps signé en 1937 un contrat permanent d’homme à tout faire à la M.G.M. qu’il honorera jusqu’en 1950 : pour 100 dollars par semaine, il sera tour à tour réalisateur de courts métrages comiques, scénariste, gagman de vedettes M.G.M. et fera quelques apparitions diverses dans certains grands films. Il poursuit ainsi cette sorte d’exil jusqu’en 1957, année au cours de laquelle il est engagé comme conseiller technique de The Buster Keaton story, un film tourné sur sa carrière avec, dans son rôle, Donald O’Connor.

À partir de 1962, avec la réédition internationale du Mécano de la General, Keaton retrouve la gloire d’antan et les cinéphiles du monde entier reconnaissent son génie comique.

C’est dans cette situation d’artiste reconnu et à nouveau honoré qu’il vit ses dernières années dans la banlieue de Los Angeles où il meurt le 1er février 1966.

Buster Keaton 1895-1966 (12 films)

1922 Les flics

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"Cops" de Edward Cline, Etats-unis, 1922

Malec, pris pour un terroriste, est pris en chasse par tous les policiers de la ville Une vision cauchemardesque et sublime de la poursuite comique.

1923 Les trois âges

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(The three ages). Avec : Buster Keaton, Wallace Beery, Margareth Leahy.

"L’aventurier" et "L’adorateur fidèle" sont amoureux d’une même jeune fille qu’on appelle Beauty. Leur rivalité se manifeste dans les trois âges : à l’époque préhistorique, au cours de la civilisation antique et au moment de la prohibition, en 1923. Après avoir été testés par les parents de la belle, les rivaux s’affrontent en de multiples combats en utilisant, selon l’époque, la massue, le char romain ou la ruse psychologique. Au début, l’"Aventurier" semble avoir le dessus. "L’adorateur fidèle" est chaque fois en facheuse posture : attaché à un mammouth, précipité dans une fosse aux lions, dénoncé à la police moderne comme trafiquant en boissons alcoolisées. Toutefois il vient à bout des périls qui le menacent et domine son rival après une gigantesque bataille à coups de rochers, une évasion spectaculaire et une fuite acrobatique dans l’incendie du poste de police.
En guise d’épilogue, le couple préhistorique est suivi de onze enfants vêtus de peaux de bêtes, le couple romain de cinq bambins en toges et le couple moderne... d’un mignon pékinois.

1923 Les lois de l’hospitalité

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Coréalisé avec Jack G. Blystone. Avec :Buster Keaton, Joe Roberts, Natalie Talmadge.

Une lutte ancestrale oppose les clans Canfield et McKay. Au cours d’une fusillade, les deux chefs de famille sont tués. La veuve McKay quitte sa campagne et emmène son bébé à New York.
Vingt ans ont passé. Willy McKay est convoqué pour prendre possession de l’héritage familial. Au cours d’un voyage mouvementé en Chemin de fer, il rencontre Virginia Canfield. Il accepte innocemment l’invitation qui le conduit chez les ennemis mortels du clan McKay. Provisoirement protégé par les lois de l’hospitalité, il s’échappe du domaine des canfield en se déguisant en domestique. Au cours d’une poursuite mémorable, il tombe dans la rivière. Un courant violent l’entraîne.
Virginia, venu à son secours, était également happée par les eaux tumultueuses qui descendent vers une impressionnantes cascades. Après un sauvetage accrobatique, ou le mécanisme du hasard joue que un rôle déterminant, Virginia et Willy rejoignent la maison des Canfield ;ils ont eu le temps de se marier, ce qui met un terme final à l’hostilité meurtrière des deux familles.

Histoires est inspirées des faits réels. Des démêlés spectaculaires avec opposer les familles Hatfield et McCoy, devenu dans la fiction les familles Canfield et McKay. Les noms propres sont à peine déguisée. Tournée dans les paysages impressionnants qui entoure le lac Tahoe et la rivière Truckee, le film avait à un petit air de famille. Le rôle principal féminin été tenue par Nathalie Talmadge-Keaton, et son bébé Joseph Keaton-Talmadge faisait une brève apparition dans la séquence qui sert de prologue. Joe le père de Buster- Keaton était également présent dans le rôle du conducteur de train. Pour incarner le vieux Canfield, Buster Keaton fit appel à un ami de la famille, Joe Roberts,, qui mourut tout de suite après le tournage. Pour l’une des scènes les plus spectaculaires du film, Keaton fit construire le décor d’une chute d’eau qui fut placé au-dessus d’une piscine. Quatre tuyaux de 16 centimètres de large partaient de la piscine et un système de grosses pompes envoyer l’eau pour animer le décor. Le souci de perfection poussa Keaton à consulter les archives pour se documenter sur les types de trains qui circulé en 1831. Il choisit de faire reconstituer la " Stéphenson Rocket " en précisant qu’elle ne serait drôle que si un été vrai.

1923 Sherlock junior

Avec : Buster Keaton, Kathryn Mcguire, Joe Keaton.

Un jeune projectionniste néglige volontiers son travail pour se plonger dans la lecture de son manuel favori : "Comment devenir détective". Au cours d’une visite chez sa petite amie, il est injustement accusé d’un vol de montre. En réalité, c’est son rival qui est coupable, et qui a adroitement orienté les soupçons vers l’apprenti policier. Le projectionniste retourne à ses appareils.
Alors que les spectateurs assistent aux péripéties mélodramatiques de " Cœurs et Perles ", le jeune homme s’endort et rêve. Son double quitte la cabine, s’approche de l’écran et entre dans l’image. L’action du film présente une analogie avec les moments qu’il vient de vivre. Le projectionniste est devenu Sherlock Junior, le plus grand détective du monde. Il échappe à une série de pièges mortels : une boisson empoisonnée, une partie de billard avec une boule explosive, une hallebarde mécanique. Après une folle poursuite, alors qu’il est assis sur le guidon d’une moto sans conducteur, il rejoint les bandits qui ont enlevé sa fiancée. Il la délivre et s’enfuit avec elle dans une voiture qui termine sa course dans la rivière...
Le projectionniste se rÉveille. Sa bien-aimée est venu lui dire que son innocence a été reconnue. Pour déclarer son amour, le projectionniste copie les gestes des personnages de " Cœurs et Perles". Mais quand arrive l’épilogue du bonheur conjugal saturé de marmots, il se gratte la tête et semble vouloir se raviser.

1924 La croisière du Navigator,

(The navigator). Coréalisé avec Donald Crisp. Avec : Buster Keaton, Kathryn Mcguire, Frederick Vroom.

Rollo Treadway est un jeune milliardaire qui pour tromper son ennui, décide soudain de demander sa non moins riche voisine en mariage.
Comme cette dernière, naturellement, refuse, Rollo part en croisière mais la jeune fille s’embarque sur le même bateau qu’un groupe de conspirateurs, la nuit, détache de ses amarres. Le lendemain, Rollo et la jeune fille se réveillent et explorent le navire pour se rendre compte qu’ils sont en pleine mer et les seuls êtres humains à bord du "Navigator" !
La vie est dure pour un couple solitaire sur un paquebot prévu pour être dirigé par un équipage ; Rollo et sa compagne l’apprennent à leurs dépens. La moindre opération comme de préparer un repas ou dormir calmement occasionne beaucoup de difficultés.
Plusieurs jours plus tard, le bateau approche d’une île, Rollo jette l’ancre. Mais cette dernière se coince dans le gouvernail et le navire menace de s’échouer sur le rivage. Rollo tente de réparer l’avarie et revêt un costume de scaphandrier. Tandis qu’il s’affaire au fond de la mer, des cannibales abordent le "Navigator" et enlèvent la jeune fille.
Toujours revêtu de son scaphandre, le jeune homme sort de l’eau, fait irruption sur la plage et provoque la panique des indigènes. Mais ces derniers se ressaisissent et poursuivent le couple qui tente de rejoindre le bateau. Alors qu’ils vont être rejoints, un sous-marin providentiel émerge et les prend à son bord...

1924 Fiancées en folie

(Seven chances). Avec : Buster Keaton, Roy Barnes, Snitz Edwards.

Jimmie Shannon aime éperduement Mary Brown, mais trop timide, ne parvient pas à se déclarer. Un jour, un homme de loi lui apprend qu’il est l’héritier d’une immense fortune à la seule condition qu’il se marie au plus tard à son vingt et unième anniversaire. C’est précisément le jour même... Sans hésitation, Jimmie vient demander la main de Mary. Mais les raisons qu’il invoque dans sa précipitation vexent profondément la jeune fille qui l’éconduit illico. Son ami Billy lui déclare de ne pas s’inquiéter et d’attendre au temple bien sagement en costume de noces... Jimmie se rend à l’église et s’endort sur un banc. A son réveil, il se retrouve face à plusieurs centaines de fiancées qui attendent patiemment l’heure de l’office. Billy a eu l’idée lumineuse... de passer une petite annonce dans la presse en expliquant les raisons du mariage urgent ainsi projeté ! Jimmie n’a plus qu’une ressource pour échapper aux fiancées en folie : la fuite éperdue... Après une poursuite échevelée, et après avoir semé ses encombrantes prétendantes, il épousera enfin Mary revenue sur sa décision avant l’heure fatidique.

1925 Ma vache et moi

(Go West). Avec : Buster Keaton, Howard Truesdale, Kathleen Myers, ...

Après s’être fait accaparer ses meubles par un commerçant peu scrupuleux, "Friendless" ("sans ami") prend un train de marchandises qui roule "vers l’ouest".
Errant dans la campagne, il se mêle à un groupe de cow-boys qui travaillent dans une ferme, s’habille comme eux, de vêtements trop grands, et exécute (avec quelques difficultés) quelques travaux des champs.
La fille de la ferme le remarque, mais Friendless n’a d’yeux que pour "Brown Eyes", une jeune vache qui s’est prise d’amitié pour lui et le suit partout...
Le patron de la ferme expédie son troupeau de bovidés à Los Angeles pour le vendre, mais le train est attaqué par des bandits. Friendless est le seul à pouvoir s’échapper en entraînant la totalité du troupeau avec lui.
C’est accompagné de plusieurs centaines de vaches qu’il fait irruption dans les rues de Los Angeles à la stupeur mêlée d’effroi des passants puis de la police venue tenter de retenir la marée des bovins. Le troupeau arrivera à temps pour être vendu grâce à l’imagination de Friendless.
Félicité par son patron, Friendless se voit offrir ce qu’il désire comme récompense : "Brown Eyes", sa vache favorite...

1925 Le dernier round

L’impassible ’Stone Face’, en aristocrate désoeuvré triomphant sur le ring par amour, avec la célèbre séquence finale du match à gags contre le Tueur de l’Alabama.

1926 Cadet d’eau douce

(Steamboat Bill Junior) co réalisé avec Charles Reisner. Avec : Buster Keaton, Ernest Torrence, Tom Lewis. 1h21

De retour de l’Université, le jeune William Canfield retrouve son père propriétaire d’un vieux rafiot qui navigue sur le Mississipi, le « Steamboat Bill ».
Canfield Senior voudrait bien que son fils le seconde dans son travail de navigation ; mais le jeune homme est tombé amoureux de Kitty, la fille du banquier King, qui a frêté justement un luxueux steamer concurrent direct de celui de Canfield.
Les tentatives de Canfield de William pour rejoindre Kitty sont continuellement contrecarrées par son père ; jusqu’au jour où le banquier King Fait emprisonner ce dernier.
Survient alors un cyclone, fréquent dans ces régions. Le cataclysme ravage le pays. Canfield Junior sauve Canfield Senior, Kitty et son père de la fureur des éléments... et s’empresse de sauver un pasteur de la noyade pour sceller la réconciliation des deux familles.

1928 Le mécano de la Générale

Avec : Buster Keaton (Johnnie Gray) Marion Mack (Annabelle Lee) Charles Smith (son père).1h17.

Le mécano Johnnie Gray a deux amours : Annabelle Lee, sa fiancée et une locomotive du type "The General". Lorsque la guerre de Sécession éclate, Johnnie veut s’engager mais l’autorité militaire estime qu’il sera plus utile à la cause sudiste en tant que mécanicien. Le prenant pour un lâche, Annabelle refuse de le revoir.

1928 Le Cameraman
coréalisé avec Edward Sedgwick. Avec : Buster Keaton, Marceline Day, Harold Goodwin.

Buster, photographe de rue, spécialisé dans les daguerréotypes, tombe amoureux de Sally, secrétaire à la Compagnie d’Actualités Cinématographiques. Il décide de devenir caméraman, achète une caméra d’occasion et filme n’importe quoi. Le résultat ressemble davantage à une vision surréaliste qu’à un reportage d’actualités.
Buster emmène Sally à la piscine. Après un déshabillage burlesque dans une cabine exigile, il enfile le maillot trop vaste de son voisin. Voulant imiter les exploits des champions du plon-geoir, il se retrouve tout nu dans le grand bassin. Sally, sensible aux avances de Stagg, cinéaste professionnel, délaisse quelque peu son amoureux maladroit.
Apprenant que la Fête du Quartier Chinois doit dégénérer en émeute, la jeune secrétaire conseille à
Buster d’y apporter sa caméra. Les prises de vues sont sensationnelles et inédites, mais l’opérateur constate avec amertume que sa pellicule a disparu. En réalité, c’est un ouistiti, compagnon encombrant, qui a vidé la caméra.
Le lendemain, Buster filme des régates. Le canot de Sally se retourne. Alors que Stagg abandonne lâchement la jeune fille, Buster vole à son secours. Le singe tourne la manivelle de la caméra... On a retrouvé le film du Quartier chinois. Les prises de vues du sauvetage confondent le rival hableur. Buster connaît un double triomphe, professionnel et sentimental. Alors que la foule de New York accueille l’aviateur Lindbergh, le caméraman croit volontiers que ces acclamations lui sont destinées.

1930 Le figurant

(Spite marriage). co réalisé avec Edward Sedgwick. Avec : Buster Keaton, Dorothy Sebastian, Edward Earle

Amoureux fou de l’actrice Trilby Drew, Elmer assiste, chaque soir depuis des mois, à la représentation de la pièce dont elle est la vedette. Un soir, l’occasion naît enfin : il remplace au pied levé un figurant tombé malade. Elmer qui connaît parfaitement le rôle, s’acquitte de sa tâche avec d’autant plus de bonne volonté qu’il doit tenir l’héroïne dans ses bras et l’embrasser à la tombée du rideau... Trilby, elle, aime le jeune premier de la troupe qui la délaisse. Par dépit, la jeune fille encourage Elmer, flirte avec lui et finit par l’épouser sur un coup de tête. Mais son impresario explique à Elmer les raisons véritables de son geste et lui fait comprendre qu’il doit s’effacer. Elmer s’en va, furieux, et se retrouve presque immédiatement aux prises avec un gang de bootleggers poursuivi par la police. En leur échappant, Elmer trouve refuge sur un yacht où précisément Trilby vient d’embarquer. Le feu se déclare à bord. Tout le monde s’enfuit, sauf Trilby, inconsciente et Elmer qui parvient à maîtriser l’incendie. Les bootleggers abordent maintenant le yacht. Par d’extraordinaires acrobaties, Elmer finira par sauver Trilby des griffes du chef de la bande. Sa bravoure lui a définitivement conquis la reconnaissance et l’amour de sa femme.

Analyses

Buster Keaton n’est pas seulement un des plus grands comiques de l’écran, mais un des génies les plus authentiques du cinéma.

On a insisté sur le caractère mécanique de son comique, qu’une certaine sécheresse rend au premier abord assez déconcertant ; certes, il ne peut être rangé parmi les burlesques, dont il n’a pas la richesse d’imagination, ni parmi les imitateurs de Chaplin, quoiqu’il ait fortement subi l’influence de ce dernier, et l’on aurait raison de trouver assez pauvres les trouvailles de style allusif dont il use fréquemment. C’est que, pour lui, la signification psychologique du geste compte beaucoup moins que le comique se dégageant de la façon même dont le mouvement s’inscrit dans l’espace de l’écran. [...]

Tout au long de ses films, Buster Keaton exprime son obsession d’un certain espace de maladresse et de solitude dont nous ne pouvons trouver au cinéma d’équivalent. Dans la note qu’il a jointe à sa publication de L’Amérique, Max Brod nous dit que certains passages du livre de Kafka « évoquent irrésistiblement Chaplin ». Ce serait plutôt chez Buster Keaton, non chez Chaplin, ni même chez Langdon, qu’il faudrait chercher une vision du monde se rapprochant par son caractère de rigueur absolue, d’activité géométrique, du monde inhumain de Kafka.

Eric Rohmer, « Le cinéma, art de l’espace », La Revue du cinéma n°14, juin 1948

L’état naturel de l’être keatonien est mouvement.

Athlète, Keaton accomplit toutes les prouesses physiques de son personnage. Le film est réalisé sans trucages. Il s’agit de ne pas tricher avec le spectateur et de donner à des gags ou situations extra-ordinaires une crédibilité et une force.

L’espace de Chaplin est centripète, celui de Keaton, centrifuge. Charlot apparaît en pied, au centre de l’écran, maître d’un plan d’ensemble que le « petit homme » peut parcourir à l’aide de son corps prolongé de sa badine. Le corps keatonien est une silhouette minuscule, perdue, décentrée dans l’immensité, menacée d’engloutissement dans un monde surdimensionné : trains et lignes ferroviaires.

La mise en scène de Keaton se fonde sur le physique, par opposition au mental : nous ne percevons qu’après-coup le cheminement de la pensée du héros. Au physique s’ajoutent les lois de la physique. Les êtres keatoniens sont de purs mobiles, caractérisés par leur masse et leur énergie, qui définissent leur trajectoire et leur vitesse. Dans Le Mécano de la « General », les locomotives décuplent la masse et l’énergie du personnage.

C’est par un déplacement dans l’espace que Johnnie résout chaque situation, elle-même issue d’un décalage spatial : c’est parce qu’on a volé sa « General » qu’il se lance dans cette course, afin de la ramener (ainsi qu’Annabelle) à son point de départ.

L’intérêt poétique du Mécano de la « General » tient aussi à l’équilibre précaire entre cette suradapation et la peur d’un chaos logique : la guerre ou la disparition-réapparition d’un wagon fantôme.

Joël Magny

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