Le colocataire

, par  Cyril Filist , popularité : 4%

« J’en ai marre ! » Celui qui vient de crier ainsi est Olivier, un beau jeune homme de 23 ans. « Mais allons, mon chou. Tu n’es pas bien dans cette maison ? Lui répondit sa mère.
- Mais bien sûr que si ! Dans cette maison, ce qui ne va pas, c’est toi, maman ! Ça fait 23 ans que je suis né et 23 ans que tu surveilles à la loupe mes relations sentimentales ! C’est invivable, j’ai l’impression d’étouffer ! A chaque fois que j’ai une petite amie, tu t’en mêles et tu la dégoûtes de moi ! Et avec Julie, j’ai envie que ça dure. J’y ai longuement réfléchi et je lui aie proposé d’aménager ensemble.
- Et pour le loyer ? Tu ne gagnes presque rien ? Comment allez-vous faire pour le payer ?
- A ça aussi, j’y ai réfléchi. Nous aménagerons dans une maison, mais avec quelqu’un d’autre.
- Une collocation ?
- Oui, exactement.
- Mais tu penses qu’elle dira oui, Julie ? Tu lui proposes d’aménager avec elle, quand même. Ce n’est pas rien.
- Elle m’a déjà dit oui. Nous visitons la première maison aujourd’hui même ! D’ailleurs, je vais y aller maintenant, sinon je vais être en retard. A tout à l’heure, maman ! »
Il le savait, il venait de faire quelque chose de grave. Non seulement, il avait un peu exagéré la situation, mais en plus, il avait manqué de respect à sa mère. Il le savait, elle devait être en train de pleurer son unique fils qu’elle venait de perdre.
Puis, enfin, il arriva au lieu du rendez-vous. Il faisait noir, mais il reconnut Julie avec une autre personne, probablement le colocataire. Il était habillé tout en noir et avait la peau un peu pâle, mais probablement était-ce la lumière blanche du réverbère qui le faisait paraître ainsi. Ses ongles étaient plus longs que la moyenne, et il avait un côté séducteur qui en même temps le rendait inquiétant. Et, dernier détail que releva Olivier, sa bouche était allongée vers le bas. « Bonjour, dit-il. Je m’appelle Edward, je suis le colocataire de cette maison. Si vous vous donnez la peine d’entrer. C’était une charmante maison un peu à l’écart de la ville, charmante, et le colocataire n’avait pas l’air bien méchant. Aussi, ils décidèrent de la prendre. Leur colocataire leur demanda juste de ne jamais visiter la cave.
Le lendemain, après avoir préparé ses valises et dit au revoir à sa mère, Olivier retrouva Julie devant leur nouvelle maison. « Ça y est, nous y sommes ! s’enthousiasma Julie.
- Oui, enfin ! renchérit Olivier » Alors qu’ils déballaient leurs valises et installaient leurs affaires sous l’œil attentif de leur colocataire, Olivier se dit que tout était allé trop vite. Il le savait, c’était un séducteur, et peut-être n’aurait-il pas dû lui proposer d’emménager ensemble. Non, se dit-il. Cette fois, c’est sûr, il passera le reste de sa vie avec Julie. Puis vint le repas, où ils firent plus amples connaissances avec leur colocataire. Il était chimiste, et s’il ne voulait pas qu’ils aillent à la cave, c’est parce que c’était là qu’était son laboratoire. Mais, disait-il en ne plaisantant qu’à moitié, ne vous inquiétez pas. Je ne fais aucune expérience susceptible d’exploser, vous pouvez être sûr que la maison ne vous tombera pas sur la tête. Finalement, Edward n’était pas méchant, mais un peu... bizarre.
Les jours passèrent, sans incident notable, jusqu’au jour où : « Aïe ! Mon cou ! Je me suis coupé en me rasant ! hurla Olivier.
- Mets-toi un pansement et désinfecte la plaie. lui répondit Julie.
- A non, je déteste les pansements. » fit Olivier, catégorique.
Il continua de se raser, et Julie recommença à s’activer autour de lui. Puis, quelques minutes plus tard : « Aïe ! Ma plaie ! » Et oui, Olivier venait d’agrandir sa plaie et, furieux, il jeta son rasoir sur le mur, qui rebondit et effleura la gorge de Julie, causant une plaie de la même taille que celle d’Olivier. « Aïe ! Idiot ! Regarde ! Cinq centimètres de plus, et il n’y avait plus de Julie ! Tu pourrais te contrôler, quand tu es en colère !
- Désolé... lui répondit Olivier tout penaud. Ça va ?
- Mais bien sûr que ça va ! Rugit Julie qui ne décolérait toujours pas. Tu crois vraiment que si ça n’allait pas, je crierai ainsi ?
- Euh... tu veux un sparadrap ? Lui proposa Olivier.
- Ah non ! Je déteste les sparadraps, je n’en mets jamais, c’est un principe chez moi. »
Et c’est ainsi qu’ils se retrouvèrent tous les deux avec une plaie au cou, sans sparadrap et en ayant oublié de la désinfecter. Les jours qui suivirent, Olivier et Julie dormaient bien, pourtant ils se sentaient de plus en plus fatigués, ils trouvaient qu’ Edward était de plus en plus distant avec eux et il passait de plus en plus de temps dans son laboratoire. C’est pourquoi, un jour, alors que lui seul se trouvait dans la maison, Olivier décida de braver l’interdit et ouvrit la porte de la cave. Il descendit des escaliers plutôt anciens et, alors qu’il s’apprêtait à entrer dans la pièce, il entendit la porte de la maison s’ouvrir. Il remonta donc les escaliers à toute hâte et eut juste le temps de fermer la porte de la cave avant de voir Edward qui avait fait les courses. Il fit comme si de rien n’était, mais il avait vu ! Le soir, Olivier raconta tout à Julie : « J’ai été dans la cave. Je n’ai pas pu tout voir, mais j’ai vu un cercueil !
- Oui, je sais. Il fut un temps, j’ai acheté ce cercueil dans une boutique en liquidation judiciaire. Je l’ai acheté pour seulement 10% de son prix initial. Vous voyez, comme je n’ai pas de famille pour... ce genre de chose, dès que je l’ai vu, je l’ai acheté. » C’était Edward qui avait parlé. Olivier avait, dans l’ empressement, oublié de fermer la porte de leur chambre et Edward était passé dans le couloir et avait surpris leur discussion. Maintenant qu’Edward était parti, Olivier ferma la porte de la chambre et s’exclama : « Tu ne vas tout de même pas croire à ces salades ! Tu l’as bien vu, son histoire de cercueil ne tient pas la route ! Non, moi je pense qu’Edward est un vampire ! Et d’ailleurs, demain, nous irons chez le médecin, et tu verras, il va confirmer que notre fatigue n’est pas normale et il dira aussi qu’Edward est un vampire ! » Le lendemain, Olivier était tout de même très tendu, car il avait peur que le médecin ne se moque de lui. Cela est même devenu de l’angoisse alors qu’ils étaient dans la salle d’attente. Puis, vint leur tour. Paradoxalement, Julie semblait très détendue. Elle devait lui faire entièrement confiance. « Vous êtes ici pour ?
- Eh bien, dit Julie, mon compagnon est persuadé que notre colocataire est un vampire, et il veut que vous le constatiez vous-même.
Ah... ». Le docteur avait l’air stupéfait de la tranquillité avec laquelle avait parlé Julie. « Euh oui... C’est-à-dire que... euh.... balbutia Olivier.
- Allons allons, fit le docteur, vous avez dû mal voir. Tout le monde sait que les vampires, ça n’existe pas !
- Mais si, je l’ai vu. Son cercueil crasseux, ses dents énormes et il ne mange jamais d’ail ! Et un vampire, vous savez ce que ça veut dire ? La fin du monde, mon ami ! Le grand retour à l’ère primaire ! Les heures de gloire des carnassiers ! Nous sommes fichus ! Nous allons tous mourir ou être transformés en vampire !
- Mais calmez vous voyons. Vous êtes fous de penser des choses pareilles ! Vous savez tout aussi bien que moi que les vampires, ça n’existe pas ! Vous devriez rentrer chez vous, et vous reposer. Au revoir !
- C’est cela, adieux. Vous venez de gaspiller notre seule chance de sauver l’humanité de sa fin prochaine. » Et, sur ce, ils s’en allèrent. Olivier était particulièrement silencieux sur le chemin du retour. Puis : « Notre voisin est un vampire, que pouvons-nous faire ? Fit timidement Julie.
- Je ne sais pas.
- J’ai peur !
- Mais moi aussi j’ai peur ! Que crois-tu ?
- Dis... tu crois qu’on va s’en sortir ?
- Mais oui : j’ai une idée ! Les vampires peuvent être tués, il faut qu’ils soient dans leur cercueil, et on leur enfonce un pieux dans le cœur : c’est le seul moyen.
- Mais c’est horrible ! Jamais je ne pourrai faire ça, c’est comme tuer un homme !
- Mais justement, notre colocataire n’est pas un homme, c’est un vampire ! » Bientôt, ils arrivèrent devant la maison. Ils entrèrent et, dès qu’ils virent Edward, lui sautèrent tous les deux dessus : « Je le tiens, criait Olivier !
- Au secours, criait Edward ! » Ils l’eurent rapidement maîtrisé, ligoté, bâillonné et emmené devant son cercueil. Olivier demanda à Julie d’amener un marteau et un burin, ce qu’elle fit sans attendre. Pendant ce temps, Olivier le plaça dans son cercueil, referma celui-ci, et prit les outils que lui tendaient maladroitement Julie. Il lui demanda de sortir de la pièce, prit bien fort sa respiration, ferma les yeux et enfonça de toutes ses forces le burin avec le marteau. Il n’y eu pas un cri, le bâillon empêchant Edward de dire quoi que ce soit. Puis Olivier remonta les escaliers de cette cave : « C’est fait.
- Et nous ? Lui demanda Julie. Il y a de fortes chances que nous ayons déjà commencé à nous transformer ? Qu’allons-nous devenir ?
- Je ne sais pas pour toi, mais moi, j’ai pris ma décision. Je ne veux pas devenir un vampire.
- Non, on ne peut pas mettre fin à nos jours, ce serait trop bête.
- Tu vois une autre solution ? Et de toute façon, j’ai tué un homme. Je vais aller en prison ! Et je ne le veux pas !
- Alors, si c’est la seule chose qui nous reste à faire, faisons en sorte que notre mort ne nous soit pas trop pénible. Et le soir, ils « oublièrent » de fermer le gaz. Ainsi, Olivier et Julie avaient choisi la mort plutôt que de se transformer en vampire. Mais Edward était-il réellement un vampire ?

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