Louis Malle

, par  Mick Miel , popularité : 4%


Réalisateur, scénariste, producteur, acteur

Parcours

Palme d’Or à Cannes à vingt-trois ans, trois longs métrages avant l’éclosion de la Nouvelle Vague, dont il est proche sans pouvoir y être assimilé. Sa carrière, faite d’oscillations entre documentaire et fiction, France et États-Unis, audaces et classicisme, dessine la figure d’un cinéaste singulier : un auteur, pleinement responsable de ses films, une personnalité authentique et attachante, mais un homme jamais figé dans un style ou dans un propos réductible à une idée simpliste. Un auteur qui ne cherche pas à l’être : il l’est, comme par nature.

Louis Malle est né le 30 octobre 1932 à Thumeries, dans le Nord, d’une famille de la grande bourgeoisie catholique qui dirige les sucreries Béghin. Quoique agité, il suit des études secondaires brillantes, à Paris, chez les Jésuites de Saint-Louis-de-Gonzague, puis au collège des Carmes d’Avon, près de Fontainebleau. C’est là que se situe en 1944 l’incident qui est au cœur d’Au revoir les enfants. En octobre 1945, un souffle au cœur (qui inspirera le film homonyme) lui fait suivre un enseignement privé à domicile. Séduit par la vision des Dernières vacances, de Roger Leenhardt, il décide qu’il sera cinéaste, malgré la réaction négative de sa famille, en particulier de sa mère.

Une fois bachelier, Malle doit transiger à plusieurs reprises avec sa famille, qui le destine à une carrière dans l’entreprise familiale. Entre 1949 et 1951, il prépare des grandes écoles, entre à Sciences Po, puis opte pour l’IDHEC (Institut des Hautes Études Cinématographiques), où il se lie avec Alain Cavalier et Philippe Collin, ainsi qu’avec l’acteur Nicolas Bataille qui tente en vain de monter la Cantatrice chauve d’Eugène Ionesco, qui passionne Louis. Il est en effet devenu un passionné de jazz, puis de cinéma en découvrant, entre autres, Jour de fête, le Journal d’un curé de campagne et surtout la Règle du jeu. À l’IDHEC, il réalise Crazéologie, inspiré d’un enregistrement de Charlie Parker (Crazeology) et qui se veut un “essai de rendu cinématographique de l’absurde théâtral et littéraire”.

Près d’obtenir son diplôme, Malle accepte un stage auprès du commandant Cousteau à bord de la Calypso, qui fera de lui le co-réalisateur du Monde du silence, Palme d’Or à Cannes en 1956. Son frère aîné, Jean-François Malle monte pour lui une société de production, la NEF (Nouvelles Éditions du Film), qui assurera son indépendance, à la façon des Films du carrosse pour François Truffaut.

C’est Alain Cavalier qui lui parle d’un roman policier de Noël Calef, Ascenseur pour l’échafaud, qui sera son premier long métrage. L’intrigue, revue par Malle et le romancier Roger Nimier, juxtapose brillamment trois actions parallèles et Malle innove en faisant improviser la musique par Miles Davis directement à la vision du film. Le film obtient le prix Delluc 1957. L’année suivante, Les Amants, sur un scénario de Louise de Vilmorin modernisant une nouvelle libertine du XVIIIe siècle de Vivant Denon, scandalise le public du festival de Venise par une longue scène saluée par François Truffaut comme “la première nuit d’amour au cinéma”. Les deux films ont pour interprète Jeanne Moreau qui soutient particulièrement le jeune cinéaste.

L’intérêt de Louis Malle pour la littérature moderne - dite “de l’absurde” -, qui se joue des mots et des formes, le mène à choisir de tourner en 1959, quelques mois après la sortie du roman de Raymond Queneau, Zazie dans le métro, qui se veut, avec l’aide de Jean-Paul Rappeneau (un copain du service militaire eu Service Cinématographique des Armées), fidèle au roman en transposant le travail de Queneau sur la langue et les mots en un jeu sur l’image et les règles du langage cinématographique qui implique “une mise en cause systématique du réel”. Le film a bien moins de succès que le roman, mais il a ses fanatiques, dont Chaplin : “C’est exactement ce qu’il faut faire, prendre le biais du comique pour dénoncer notre monde qui court à la catastrophe.”

Après Vie privée, (faux) reportage-fiction autour du mythe Bardot, alors en pleine gloire, Le Feu follet réussit, lui, la fusion miraculeuse entre l’acteur Maurice Ronet, le personnage du roman de Drieu La Rochelle, Alain Leroy (inspiré du poète surréaliste Jacques Rigaut), et le réalisateur Louis Malle. Pour beaucoup, c’est l’une des œuvres majeures de son œuvre. Alors qu’il est tenu pour un des jeunes auteurs exigeants du cinéma français, Malle surprend en changeant du tout au tout de ton et de registre. Il choisit de diriger des stars dans des films aux sujets moins ambitieux et à l’écriture plus convenue : Brigitte Bardot et Jeanne Moreau dans Viva Maria (son plus gros succès avant Au revoir les enfants), Jean-Paul Belmondo dans Le Voleur, Alain Delon dans William Wilson.

Pourtant, Malle reste sensible à l’air de son temps. Juste avant 68, le voici partant tourner en Inde des documentaires pour la télévision et le cinéma, Calcutta et L’Inde fantôme. Il revient à la fiction avec deux films aussi étonnants que “culottés”, où l’on aurait tort de ne voir que goût de la provocation. Le Souffle au cœur s’inspire, dans le ton, non dans les faits, de l’adolescence du réalisateur, explorant un certain hédonisme dans la relation d’une mère et d’un fils pour aller jusqu’à l’inceste. Lacombe Lucien choque à une époque où l’on est en pleine remise à jour de la collaboration depuis Le Chagrin et la pitié, de Marcel Ophüls, André Harris et Alain de Sédouy, diffusé en salles par Nef-Diffusion : Louis Malle tente, sur un scénario écrit avec Patrick Modiano, d’explorer de l’intérieur, sans jugement apparent, l’engagement d’un jeune paysan dans la milice.

Malle passe ensuite brusquement de deux documentaires quasi engagés, en 1972, Humain, trop humain et Place de la république, à un ésotérique film de science-fiction Black Moon, très mal reçu de toutes parts. Malle entame alors, en 1978, une carrière américaine avec un film sulfureux, La Petite, où la virginité d’une fillette de treize ans est mise aux enchères dans un bordel de la Nouvelle-Orléans. Après, entre autres, Atlantic City et Alamo Bay, et deux documentaires très ancrés dans la réalité américaine, Louis Malle revient en France avec son film le plus autobiographique, Au revoir les enfants, qui remporte un grand succès.

Après Milou en mai, une description très sous-estimée par la critique de la France provinciale face aux événements parisiens de mai 68, Louis Malle réalise un film franco-anglais fraîchement accueilli, Damage (Fatale) , sorte de version tragique et glaciale des Amants, puis un superbe “film de théâtre” d’après une représentation d’Oncle Vania d’Anton Tchekhov, Vanya, 42e rue.

La maladie qui affaiblissait Malle depuis quelques mois, un cancer du sang, le rattrape à Los Angeles le 24 novembre 1995, alors que l’on pouvait attendre bien d’autres rebondissements de ce créateur que l’on croyait infatigable, dont un projet sur Marlène Dietrich... (Joël Magny)

Filmographie


Les films de MALLE Louis sur le site Image.

Réalisations

- 1954 Station 407 (c.m. avec le Cdt Cousteau)

- 1955 La Fontaine de Vaucluse (id.)

- 1956 Le Monde du silence (co-réal. avec Jacques-Yves Cousteau)
- 1957 Ascenseur pour l’échafaud

- 1958 Les Amants

- 1960 Zazie dans le métro

- 1961 Vie privée

- 1962 Vive le Tour (c.m.)

- 1963 Le Feu follet

- 1964 Bons Baisers de Bongkok (c.m. TV)

- 1965 Viva Maria

- 1967 Le Voleur

- 1967 Histoires extraordinaires (William Wilson)

- 1968 Calcutta, l’Inde fantôme

- 1971 Le Souffle au cœur

- 1974 Lacombe Lucien

- 1972 Humain, trop humain (sortie : 1974)

- 1972 Place de la République (sortie : 1974)

- 1975 Black Moon

- 1976 Close up

- 1978 Pretty Baby (La Petite)

- 1980 Atlantic City

- 1981 My Dinner with André

- 1983 Crackers

- 1985 Alamo Bay

- 1986 God’s Country (Le Pays de Dieu)

- 1986 And the Pursuit of Happiness (La Poursuite du bonheur)

- 1987 Au revoir les enfants

- 1989 Milou en mai

- 1992 Damage (Fatale)

- 1994 Vanya on 42nd Street (Vanya 42e rue)

Supervisions

- 1961 Le Combat dans l’île (Alain Cavalier)

- 1966 Les Désarrois de l’élève Törless (Volker Schlöndorff)

Interprétation

- 1969 La Fiancée du pirate (Nelly Kaplan)

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