De l’autre côté du miroir

, par  Cathy Moreno Imbernon, Claudia Moriamez , popularité : 6%


_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ Le 05 janvier 2017

A la première personne qui trouvera cette lettre,
Boulevard Malesherbes,
75001 Paris

Madame, Monsieur,

J’aimerais que vous lisiez attentivement ce qui va suivre. J’ai aujourd’hui 21 ans. L’histoire que je vais vous raconter c’est passée lorsque j’avais 14 ans. À cette époque, je vivais avec mes parents, ma sœur et mon chien. Mon père était et est toujours le PDG d’une grande entreprise de téléphonie et ma mère était son assistante avant qu’ils ne divorcent. Ils travaillaient tard le soir, ils étaient souvent en réunion. Quand on faisait des sorties en famille, ils étaient toujours appelés au bureau. Heureusement qu’il y avait Sophie, notre gouvernante. C’était comme une seconde mère, c’est elle qui s’occupait de nous quand mes parents n’étaient pas là, enfin tout le temps. Je vivais très mal cette situation. Pourquoi n’étais-je pas comme mes copines ? Tous les mercredis, j’allais voir un psychologue, je ne sais pour quelles raisons. Elles, elle n’allait jamais voir le psy, et surtout elles avaient des parents qui étaient toujours là et qui s’occupaient d’elle ... . Des fois, souvent même, je me prenais à rêver d’aventure extraordinaire avec ma famille. On étaient très soudés, on était la famille idéale. Bref, tout ça pour vous dire que pendant mon adolescence, je n’étais pas la fille la plus heureuse du monde. Alors certes, j’avais tout ce que je voulais, mais ce n’était qu’une façade. Au fond, je pense que je voulais être "normale" en quelque sorte. Mais cette époque est révolue. Maintenant qu’ils ont divorcé, ma mère a démissionné et s’occupe pleinement de ma sœur. Quant à mon père, il s’est remarié, a gardé son travail, mais rentre à des heures raisonnables lorsqu’il a la garde de ma sœur. Moi, je fais des études de droits à Paris. J’ai mon appartement, Rue Malesherbes. Revenons à mon histoire.

C’était un soir étrange, mes parents étaient rentrés avant 9 h, avant qu’on se couche, ma sœur et moi. Sophie était partis une semaine car une de ses tantes était décédée, si je me souviens bien. Ce soir là, j’étais très triste. Mes parents venaient de m’annoncer qu’ils ne pourraient pas être présent le jour de mon anniversaire. Qu’est-ce qu’il y avait de plus important que moi ? Un contrat à signer, biensûr ... . Après cette annonce, je plongeais dans mes pensées. Je rêvais que mes parents m’organisaient une super fête d’anniversaire. Ce qui n’arriverait jamais.
Je reçus un texto, ce qui me sortis de ma rêverie. Je reprenais le cours des me activités. Comme tous les soirs, avec ou sans mes géniteurs, je brossais mes cheveux, préparais mon thé, prenais mon livre et me mettais sous la couette, comme d’habitude. Bien installée, je commençais à lire mon livre, comme tous les soirs, quand je vis une ombre traverser mon miroir. Je ne sais pas pourquoi mais le miroir m’attirait depuis toujours... Je m’approchais sans savoir vraiment pourquoi. Rien, il n’y avait strictement rien qui pouvait être susceptible de faire une ombre. Une illusion, tout simplement. Une fois retournée dans mon lit, je recommençais à lire. Quand de nouveau une ombre indescriptible réapparut dans le miroir. Cette fois-ci je fus certaine d’avoir vu quelque chose. Décidée à savoir ce que c’était, une fois encore je m’approchais. Mais je ne vis toujours rien. Pourtant une sensation étrange m’envahissait. Comme si le miroir me parlait et me disait de le toucher. Contre mon gré je le touchai. À ce moment-là, je fus prise de vertige. Tout tournait autour de moi. Puis plus rien.

Je me retrouvais, par terre devant mon miroir. Je dois être fatigué c’est tout. Pour la troisième fois je retournais dans mon lit. J’ouvris la couette et des centaines d’araignées velues et plus grosses que mon poing surgissent de sous ma couette. Un cri m’échappa. J’avais très peur des araignées. Enfant, alors que je jouais dans le jardin, une araignée m’avait mordu et j’ai eu une cloque qui grattait pendant deux semaines. Prise de panique, je courus hors de ma chambre chercher mes parents. Mais à mon grand étonnement, il n’y avait personne dans le salon. Il devait sûrement être dans leur chambre. Mais dans la chambre, il n’y avait personne. Ni mon chien, ni ma sœur, ni mes parents. Une boule se forma dans ma gorge. Je décidais alors de sortir dehors, voir s’il y avait quelqu’un d’autre capable de m’aider. J’ouvris la porte. Mais ce n’était pas mon quartier que je vis.

Il y avait un saule au milieu. Il était quand même loin de là où je me trouvais. Il était très grand, immense et retombait d’une façon qui collait bien au nom de l’arbre. Il faisait très sombre. Un brouillard épais recouvrait le sol mais le brouillard ne recouvrait pas une allée en pierre. C’était étonnant. On voyait des croix chrétiennes à demi cachées par le brouillard. Elles étaient blanches et tordues. Apeurée, je descendis les marches. Et j’entendais des voix qui m’appelaient. J’aurais pu les reconnaître parmi mille. Elles provenaient de derrière le grand saule, je crois. Elles disaient : "Viens, mon Alice nous sommes là". Mes parents ! Toute la pression retomba, je me sentais en sécurité. Je courus jusqu’à l’arbre, le plus rapidement possible. Mais cent mètres après l’arbre, il n’y avait toujours personne. Pourtant les voix ne cessaient pas. Essoufflée, je vis des silhouettes au loin. je m’approchai puis elles disparuent . Je continuais à courir, puis je trébuchai sur un gros caillou. J’allais regarder qu’est-ce qui avait causé cette blessure, et ce fut comme je le pensais, un gros rocher. Il y en avait deux autres qui l’encadraient. En regardant de plus près c’était des stèles. Une en marbre rose, l’autre en granite et la dernière, la plus petite était grise. Sur la première, il y avait écrit :

"Ici reposé Rosalie Redfern, mère aimante et fidèle épouse 1969-2010 "

Non ce n’était pas possible, c’était une blague, je n’y croyais pas. Et puis des Rosalie Redfern, il devait y en avoir des milliers sur Terre. Convaincue que ce n’était pas ma mère, je décidais de lire la suivante, non sans inquiétude. Sur celle en granite, il y était gravé en gras :

"A mon père, John Redfern, qui même dans le ciel, restera toujours dans mon cœur. 1967-2010 "

Je me posais des tas de questions : mes parents était-il réellement mort ? Non, non impossible. Mais qui avait fait cette mauvaise blague ? Il y a une demi-heure quand je suis allée me coucher ils étaient là, dans le salon. C’est impossible. Puis la dernière, la plus petite, me faisait penser à ma sœur, par le style et par les roses jaunes et roses qui y avait posé tout autour. L’épitaphe indiquait que c’était ma sœur qui reposait ici :

"Jeanne Redfern, danseuse mais étoile dans mon cœur.
2003-2010"

Je ne savais plus quoi faire. Des larmes coulaient sur ma joue, pas des larmes de tristesse car je n’étais pas totalement certaine que ma famille était décédée, mais des larmes de stress de confusion et de colère. Les voix continuaient de m’appeler. J’étais extrêmement en colère. Pourquoi est-ce qu’ils ne venaient pas ? Je me levais d’un bon et leur criais : "Pourquoi vous ne venez pas vous-même ? Si vous m’attendaient tant, pourquoi ne pas venir !". Un silence farouche s’ensuivit. Je voyais des silhouettes au loin, elles étaient très vagues. Je courus, et au bout des cent mètres, il y avait trois cadavres.

Ils étaient ensanglantés, lacérés, c’était affreux. Mais leurs visages étaient intacts. Je les reconnus, c’était eux bien sûr. Ça m’a fait un choc. J’avais une boule à l’estomac, si grande que j’ai cru que j’allais exploser. J’étais abattue, je m’effondrais. Cette fois c’était vraiment des larmes de tristesse. Je me retrouvais orpheline. Et puis la vision de ma famille déchiquetée, resterait gravée dans mon crâne, dans ma chair. C’était affreux, il y avait du sang partout, on voyait les os qui avaient transpercé la chair. Des morceaux de chair éparpillés tous autour des cadavres inertes. Je regardais cette scène d’horreur quand une sensation étrange m’envahit, comme si l’atmosphère devenait lourde. Il faisait froid, très froid, à s’en glacer le sang. Puis plus loin il y eut un bruit comme si un vase tombait parterre, un grand fracas. Horrifier, je pris mes jambes à mon cou et courus aussi vite que je le pus jusqu’à ma maison. Une fois dans ma chambre, je ferma à double tour la porte de ma chambre. Je m’assis sur le lit, fatiguée. Je me posai cette question : où suis-je ? Depuis que je me suis évanouie rien ne va plus. Est-ce un rêve ou une autre dimension. Impossible, il n’y a que les fous qui pensent à ça. Je n’avais plus aucun souvenir de ce qui s’était passé jusqu’à présent. Pourquoi étaient-ils morts ? J’essayais de me calmer, quand j’entendis des bruits dans mon armoire. Que se passait-il ? Mon corps était attiré par ces bruits tandis que ma tête me disait de tout arrêter. J’étais déboussolée. Malgré moi, j’ouvris mon armoire. Je commençais à l’ouvrir doucement, inquiète, la boule au ventre, la peur qui me tiraillait. Puis quand je vis qu’il n’y avait rien et que j’eus fini d’ouvrir le placard en grand, je soufflais un grand coup.

Puis mes vêtements, chaussettes, sous-vêtements, bref tout ce que contenait mon armoire volèrent dans tous les sens, comme si une bombe avait explosé à l’intérieur. Affolée, je perdais tout repère, tout se brouillait, tout tournait autour de moi. Puis je venais de remarquer que mes objets, mes stylos explosaient tout autour de moi se mettaient à voler. Je criais "STOP", au début pas fort, doucement comme une mère à son enfant, puis de plus en fort. Je savais que crier ne servait à rien, au contraire, ça rajoutait encore plus de bruit au boucan qu’il y avait déjà. A bout de forces, je continuais à hurler, jusqu’au moment où tout s’arrêta. Tout ce qui volait se figea, comme si le temps s’arrêtait. Des vêtements, se stoppèrent en l’air. Je me levais, en passant bien autour de tout, en faisant attention de ne toucher à rien. J’étais folle. Je me laissais glisser contre ma porte et me mis à sangloter, J’ai dû pleurer au moins une bonne trentaine de minutes ; pourtant je devais me lever et c’est ce que je fis. Maintenant j’essayais d’ouvrir ma porte mais elle était fermée, je ne pouvais rien y faire. On ne voyait ça que dans les films, et pourtant je sentais que je le vivais, que c’était réel. Mais que se passait-il ? Je lançai un coup bref à mon miroir. Il ne reflétait pas, ce qui se passait. Dans le reflet, il n’y avait pas tous ces objets qui volaient. Dans le reflet on voyait une porte qui s’ouvrait, et moi dans l’encadrement. Je me voyais moi, qui prenais ma brosse pour me brosser les cheveux, prendre mon thé et mon livre, m’installait dans mon lit -comme d’habitude- . J’étais perdue. Ma vie n’avait plus aucun sens. C’est alors que j’ai puissé dans mes dernières forces pour me lever et toucher ce miroir comme je l’avais fait auparavant et ..... je m’évanouis.

Tout tournait et je me retrouvais dans mon lit. Allongée, j’étais dans les vapes, comme quand on se réveille. Mon réveil sonnait. Ma mère entra dans ma chambre. Elle vit que j’étais réveillée donc elle repartit. J’entendais ma sœur criait et mon père descendre les escaliers, de sa lourde marche. J’étais secouée. Ils étaient vivant, donc. J’ai dû rêver. Aucun objet ne volait. Je me levais et ouvris mon armoire. Tous étaient bien rangés, tous pliées correctement. Un rêve. Convaincu, j’allais pour refaire mes draps quand je vis une araignée velue sortait de sous ma couette. Elle marchait, lentement, tout doucement, progressivement, et elle s’engouffra, dans un trou que je n’avais pas vu, dans la plinthe du carrelage. Puis elle disparut dans ce trou noir. Ma journée se passa normalement, comme d’habitude. Aucun incident, aucune chose bizarre ne se passa. Ma vie reprit son cours normalement.

À ce jour, je n’ai jamais raconté cette histoire, de peur que je passe pour une folle, sûrement. Et j’en suis sûrement une. Mes anciennes copines ne sont mêmes pas au courant, ni ma famille. À partir de ce matin, j’ai commencé à boire et à fumer, progressivement, pour oublier. Mes parents ne l’ont jamais su, je leur est toujours caché le fait que je me droguais, pour oublier cette histoire, pour oublier l’image de mes parents déchiquetés à mort, des marres de sang les entourant. Mais ça ne m’a jamais suffi. Si vous trouvez cette lettre, c’est sûrement que je suis morte. Ah, c’est vrai, vous ne me connaissez pas. Mais j’avais besoin de le dire à quelqu’un. À un inconnu. S’il vous plaît, dites à ma famille que je les aimes. Vous avez leurs noms. Alors trouvez les pour moi. Donnez leur cette lettre. Merci infiniment.

Cordialement,

Alice Redfern.

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