Critique du film « GENTE DE BIEN »

, par  Jules Pagnon , popularité : 8%

Critique du film « GENTE DE BIEN »

« Gente de bien » est un film réalisé en 2014 par le réalisateur colombien Franco Lelli.

Le titre peut signifier deux choses en espagnol : il peut faire référence à des gens bien, généreux et charitables ou des gens aisés.

I- Le scénario :

1- Ce film se décompose en trois parties.
Tout d’abord, le partie où Eric vit avec sa mère, pour des raisons professionnelles, elle déménage et laisse le petit garçon de 10 ans à son père.

La seconde partie, démarre lorsqu’Eric va vivre avec son père, Gabriel, presque un inconnu pour lui et avec lequel il a du mal a communiquer. Il lui propose une vie très précaire… Tous les deux ne se comprennent pas. Leur relation est très difficile, ils ne se parlent pas malgré les efforts de Gabriel. Il ne peut lui proposer un cadre de vie stable, ni lui prodiguer la tendresse, la protection et l’éducation dont Eric a besoin.

Enfin, la troisième partie commence lorsque Gabriel, travaille « au noir » chez Maria Isabel, elle se prend d’affection pour le jeune garçon et propose au père de s’en occuper le temps que sa situation personnel s’améliore.

2- Les relations entre les personnages sont multiples.
Toutes les émotions sont palpables. L’amour qu’Eric porte à sa mère va être transféré vers la chienne, Lupe.
Il semble ne pas beaucoup aimer son père, peut être parcequ’il ne le connait pas assez ? C’est pareil pour les sentiments envers Maria Isabel, qui pourtant est très gentille et patiente avec lui.
Eric est un enfant triste, désorienté, puis boudeur et rancunier. La grande générosité de Maria Isabel, le réconforte.
En revanche, la famille de cette dernière, lui fait comprendre qu’il n’est pas le bienvenue chez eux et qu’il n’a pas sa place dans leur famille. Ce sentiment de rejet ajoute de la tristesse à Eric.

3- Les lieux et la luminosité traduisent ses relations avec les adultes. La rue bruyante et sombre avec son père. La maison luxueuse et claire avec Maria Isabel. Cela montre l’état d’esprit dans lequel se trouve Eric : triste et désorienté avec son père et rassuré lorsqu’il est avec Maria Isabel.

II- LES PERSONNAGES :

1- Tous les adultes qui sont dans l’entourage d’Eric sont liés par un point commun : l’autorité parentale.
C’est sa mère, qui représente cette autorité au début du film, puis son père prend le relais. Mais il n’est pas très légitime aux yeux d’ Eric car il ne le connait presque pas et a du mal à le respecter.
Plus tard c’est Maria Isabel qui se charge de son éducation. Elle joue le rôle de famille d’accueil, elle a beaucoup de patience et est assez compréhensive. Jusqu’au jour, où lassée de son attitude irrespectueuse, elle décide de le ramener à son père. L’homme et le petit garçon auront du mal à construire une relation mais le temps fera son oeuvre…

2- La chienne de Gabriel, Lupe, à laquelle Eric s’est attaché joue un rôle essentiel dans la relation père/ fils.
Lupe est la seule consolation d’Eric à la séparation de ses parents.
La chienne est investie d’une charge affective disproportionnée, c’est le seul réconfort d’Eric. La précarité de la situation du père et de son fils est évidente. Dès le début la chienne était une compensation de la mère absente et faisait tampon entre eux.
Tout au long du film, la chienne est l’incarnation du lien affectif entre le père et le fils mais aussi un obstacle à leur relation.
Lorsqu’il faut faire piquer Lupe, symboliquement, cela représente la rupture entre le fils et son père.
Or, le dernier plan, nous laisse entendre le contraire. Maintenant que la chienne n’est plus là, une nouvelle complicité nait entre eux. Le fils acceptant la vie que son père peut lui proposer. La chienne a été le symbole du parcours d’un fils vers son père.

III- LA MISE EN SCENE

1- Le mouvement de la caméra est très important, il accompagne les promenades d’Eric et Gabriel dans les rues sombres de Bogota. Cela signifie qu’il ont besoin de trouver leur place dans la société mais aussi entre eux. Les espaces ouverts succèdent à des espaces fermés dans lesquels Eric se trouvent confiné.
La pension dans laquelle ils vivent semble exiguë, sombre, encombrée. Elle traduit la situation précaire du père. En opposition avec la maison de Maria Isabel, baignée de lumière.
Parfois, le cinéaste filme, à la manière d’un documentaire, les errances d’Eric avec sa mère au début du film puis avec son père à la fin du film.
Les cadrages et les prises de vues sont sobres.

2- Souvent, la camera se trouve à hauteur d’enfant, pour pouvoir nous mettre à la place d’Eric, de prendre sa place et de voir le monde et les situations qu’il vit avec des yeux d’enfant.
Par exemple lorsqu’il est dans la piscine avec trois autres enfants, la camera est dans l’eau, comme si le spectateur était aussi dans l’eau et participait à cette scène. Nous sommes les témoins direct de la cruauté de ces enfants envers Eric. Il est rejeté.
La photo de l’affiche montre également ce plan. La construction spatiale du plan est très claire, les trois amis refusent d’intégrer Eric à leur jeu. Eric tente malgré tout de suivre la consigne de leur jeu mais malheureusement, elle ne s’applique pas à lui… La camera est alors à deux doigts de boire la tasse, comme Eric.

Tout au long du film Eric cherche sa place : Avec son père dans leur relation difficile et avec la famille de Maria Isabel dans la relation sociale. Il se sent rejeté de toute part. Son père Gabriel, a lui aussi ce sentiment, c’est pour cette raison qu’il a préféré quitter son travail chez Maria Isabel. Il ne s’y sentait pas à sa place.

Ce film ne m’a pas plu car la version originale me demandait des efforts de lecture et ne me permettait pas de regarder les images aussi longtemps que j’aurais voulu.
Malgré cela, j’ai aimé car le sujet était intéressant et qu’il y avait des enfants. On pouvait facilement s’identifier aux personnages.
J’ai aimé aussi découvrir la vie colombienne et la différence très marquée des classes sociales. La façon dont la caméra filme m’a plu car elle elle se met à la place d’Eric à certains moments, elle film comme dans un documentaire à d’autres. La variété des plans donnent du rythme à l’histoire qui parfois est un peu lourde émotionnellement…

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