Une année bien remplie, mais des projets menacés

, par  Mick Miel, Núria Blajé, Pierre Bartissol , popularité : 14%

Nous avons beaucoup de raisons d’être fiers et enthousiastes à l’issue de cette année scolaire 2004 - 2005, quelques unes sérieuses aussi d’être amers et inquiets.

Tous ceux qui se sont retrouvés autour de ce site, dans les projets que nous avons menés ont des raisons d’être fiers. Il suffit d’en parcourir les rubriques pour s’apercevoir de son foisonnement et de son dynamisme.

N’avons nous pas réussi à organiser pour les élèves un festival d’une semaine de Cinéma dans la Vaunage avec 2000 entrées à Calvisson, à Clarensac, de la maternelle au Primaire en passant par les deux collèges ? N’avons nous pas, pour la seconde année, insufflé une dynamique qui s’est encore étendue autour du théâtre et rempli le foyer communal de Calvisson (600 entrées) pour une après-midi théâtre, journée à l’issue de laquelle les élèves de l’atelier sont allés participer au festival "Pas de trac" de Barcelone ? N’avons nous pas accueilli des élèves et des enseignants lors de notre semaine Comenius, Catalans, Tchèques et Roumains, qui ont vécu avec nous, apportant leur univers, leurs cultures et leurs richesses avec eux dans nos foyers ? Enfin, n’avons nous pas réussi à nous doter d’un outil de communication, d’organisation et de partage avec ce site qui dépasse désormais largement les 2000 visites par mois et commence à disposer de rédacteurs réguliers parmi les élèves ?

Le pari de concilier ouverture culturelle et expérimentation pédagogique et de les enrichir mutuellement, engagé depuis l’ouverture de notre collège il y a trois ans, a été tenu. Mais à quel prix, avec quels efforts ?

Si les succès sont évidents, les limites, les blocages le sont aussi. Les limitations financières déjà, plus de 40% de réduction de l’aide de l’Etat pour les projets l’année à venir et une énorme incertitude sur l’aide du conseil général du Gard, qui en dépit de sa bonne volonté est grévé par une situation économique et sociale parmi les plus défavorables de France. Ce que nous savions depuis le mouvement dans l’école de l’an 2000, puis 2003 - la décentralisation sans moyens financiers va accentuer les écarts - ajouté à des choix idéologiques - le retour à l’essentiel dans l’école, au savoir, conçu de façon restrictive - risquent de torpiller un pari qui reposait sur l’ouverture et la reconnaissance du dynamisme local. Le nouveau système de globalisation des moyens octroyés aux établissements scolaires s’appuie à nouveau exclusivement sur des indicateurs déterministes et quantitatifs (plus en Zep, plus pour les gros établissements,...)

Sur quoi reposait ce pari ?

Oui l’école doit s’ouvrir, inventer, Ok à la « contractualisation », entendu comme mise à plat des moyens et des buts à atteindre pour l’école. Ok à la concurrence, au sens noble du terme (« courir ensemble »), oui à l’émulation, oui à l’ouverture locale, européenne, mondiale, oui aux nouvelles technologies, au réseau pour offrir à nos élèves ce dont ils ont aussi besoin : des moyens de s’enrichir, de voyager, de créer et de rêver.

Non, le travail n’est pas ontologiquement attaché à sa fatale étymologie d’instrument de torture (tripalium), à la souffrance et à l’ennui. Non, l’autorité n’a pas besoin seulement d’un appareil de répression pour s’imposer, mais s’appuyer sur le respect de ce qui est fait ensemble. La classe peut être un creuset, un tremplin, un espace où se créer et d’où partent des communautés de projet. Pour peu qu’on contrebalance les logiques de la ségrégation sociale si vivaces qui font des options, des choix des familles un moyen de reproduction sociale. Enfin, non, les enseignants ne sont pas des fonctionnaires frileux et rétrogrades uniquement soucieux de défendre leurs avantages matériels.

La transcription de ces idées audacieuses dans le lieu où les élèves apprennent a donc été le théâtre, le cinéma, le patrimoine, les langues, Comenius, le site « Projectibles », l’ouverture et les échanges européens, le travail sur notre bassin avec les écoles et les autres collèges et bien d’autres idées encore.

Nous attendions que cet engagement soit reconnu, admis, soutenu, que nos expériences soient prises en compte. Au lieu de cela qu’avons nous ? Une diminution drastique des moyens pour nos projets. Comment pourrons-nous rétribuer ceux avec qui nous travaillons, ceux qui interviennent en classe, apportent leur savoir-faire, les comédiens, les cinéastes,... ceux qui apportent tant aux élèves en leur ouvrant une porte sur le monde et en leur apprenant à en maitriser les outils ?

Nous avons la furieuse impression d’avoir été trompé par les discours sur l’innovation, au grand bonheur de ceux qui nous accusaient d’être de dangereux « dérégulationnistes », des pédagogues hasardeux détruisant les fameux "fondamentaux".

Derrière la volonté de moderniser l’école, que nous partageons, semble bien s’être cachée celle d’en abaisser les coûts en s’appuyant sur l’inquiétude des conservateurs, des nostalgiques d’une école qui n’a jamais existé. Le retour à la craie, au calcul et à la dictée à l’ancienne tente de cacher la nécessité d’investir massivement dans le savoir, les nouvelles technologies, la science et la culture.

Nous risquons donc d’être asphyxiés si nous ne sommes pas très vigilants.

Car pour l’année à venir nous avons d’autres projets, plus ambitieux encore :

- L’idée d’un festival de Cinéma pour les scolaires en collaboration avec le festival d’Alès a été reprise et élargie. Avec l’aide de la Falep (la ligue de l’enseignement) il devrait s’étendre à plusieurs villes du Gard (La Vaunage, mais aussi Beaucaire, Nîmes et peut-être Le Vigan)

- Toujours avec l’aide de la Falep, nous montons un projet de festival de théâtre scolaire européen, en 2006 avec nos amis catalans à Barcelone, en 2007 à Nîmes et dans La Vaunage.

Nos élèves de l’atelier théâtre joueront d’ailleurs à Calvisson le 22 octobre 2005 au foyer communal.

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