"Walking on the Wild Side" de Fiona Gordon et Dolminique Abel

, par  Mick Miel , popularité : 6%

Un matin, un célibataire timide entre en collision avec une grande rousse. C’est le coup de foudre. Comment revoir cette femme que le destin a mise sur sa route ? La seule chose qu’il sait d’elle, c’est qu’elle travaille dans le quartier nord, là où les femmes et leurs charmes sont à vendre. Ce qu’il ne sait pas, c’est qu’elle est femme de ménage...

Belgique 2000


Genre : Comédie

Générique

- Programme : Dominique Abel

- Scénario : Fiona Gordon et Dominique Abel

- Image : Claire Childéric

- Musique : David Goffin

- Son : Fred Meert

- Mixage : Franco Piscopo

- Production : Courage mon amour

- Film : 35 mm

- Durée : 13 mn

- Couleur

Interprétation

- Fiona Gordon et Dominique Abel

Carrière du film :

- Avanca (Portugal) 2000 primé

- Bruxelles (Belgique) 2000

- Montréal (Québec) 2000

- Saint-Paul-Trois-Châteaux "Festival du film en région" 2000

- Villeurbanne "Festival du film court" 2000

- Gardanne "Festival cinéma d’automne" 2000

- Namur "Media 10/10" (Belgique) 2000, prix synergie

- Nevers "De Nevers à l’aube"2000

- Aix-en Provence "Festival tous courts" 2000

- Huesca (Espagne) 2000

- Uppsala (Suède) 2000

Mise en scène

Le travail sur les entrées et les sorties de champ - véritable principe formel de Walking on the Wild Side - témoigne d’une scrupuleuse mécanique comique et d’un montage aux effets très précis. Cette opposition entre fixité du cadre et mouvement des personnages commence dès la troisième image, avec des plans répétés, la plupart du temps fixes, où le personnage principal, arpentant la rue, passe devant des vitrines où se tiennent plusieurs prostituées. Le fait de monter ainsi plusieurs plans plutôt qu’un travelling latéral suivant simplement le trajet du personnage met en valeur cette rue aux vitrines racoleuses : avec cette répétition, le spectateur prête encore plus attention au décor, chaque coupure agissant comme reprise de l’obsession germant dans l’esprit de celui qui essaye d’ignorer ces enseignes et les tentations charnelles qui y sont associées.

Si l’on considère les 19 premiers plans du film qui s’achèvent par la rencontre des deux personnages principaux, c’est en tout 8 entrées dans le champ et 10 sorties que l’on dénombre. Cela continue quelques plans plus loin, quand, revenus à eux, Abel et Gordon reprennent le cours normal de leur journée.

Ce jeu sur les entrées/sorties de champ se poursuit dans la séquence suivante, bien moins découpée que la précédente, puisqu’elle ne comporte que deux pans, mais 5 entrées et sortie de champs.Ces deux séquences, l’une très découpée, l’autre composée de deux plans seulement, développent un principe de mise en scène que les deux cinéastes vont continuer d’appliquer un peu plus loin. Avec une autre finalité, qui sera, cette fois, de dynamiser le montage et de créer une communication, par le raccord, entre les différents espaces où se déroule l’action.

Quand bien des comédies cèdent à l’agitation, aux effets plus ou moins virtuoses d’une caméra supposée retranscrire rythme et mouvement, voici un film qui privilégie le plan fixe sans pour autant que ce choix soit synonyme d’absence de mouvement. Bien au contraire. Dans Walking on the Wild Side, les personnages sont sans cesse en mouvement et le cadre paraît toujours trop petit pour eux. D’où ces incessantes entrées/sorties de champ qui donnent un tempo particulier à un film dont les ressources comiques reposent plus sur le montage et les effets d’apparition/disparition que sur les mouvements d’appareils.

Découpage séquentiel

- 1) Passage pour piétons.

- 2) 0’18". Générique de début suivi de la rue des vitrines.

- 3) 1’00". Première rencontre brutale.

- 4) 1’35". La vitrine est en cours d’installation.

- 5) 2’26". Au bureau, l’heure de la sortie est enfin arrivée.

- 6) 2’45". Comment recruter une femme de ménage.

- 7) 4’12". Jeudi 14 heures. Période d’essai. Chacun se met en tenue.

- 8) 7’02". Secouer une nappe sur le balcon crée un courant d’air puis plier un drap en se faisant des courbettes.

- 9) 8’12". Monsieur a disparu. Mais que fait-il sur le balcon ?

- 10) 8’57". Le vent emporte le drap. La plante verte refuse d’être prise pour une feuille de vigne. Deuxième rencontre brutale.

- 11) 10’10". Happy end derrière la mousse.

- 12) 11’50". Générique de fin sur fond noir.

Pistes de travail

Les vitrines

Comment le premier plan fait-il fonctionner l’écran comme une vitre que l’on ne pourrait traverser ?
Comment la rencontre se produit-elle entre les deux personnages par rapport à cette ligne imaginaire ?

La traversée du miroir

Montrer, à partir de cette donnée initiale, au-delà des gags strictement burlesques, le véritable enjeu du film : traverser cet écran qui les sépare. Amener à réfléchir sur sa double fonction :

- faire écran : cacher, se cacher par rapport à l’autre, mais aussi se projeter.

- donner à voir : montrer, se montrer, mais aussi se représenter dans le regard de l’autre, s’offrir au regard de l’autre.

Seul le mouvement (final) semble pouvoir conjurer cette situation de fascination fatale.

Autour du film

Le burlesque

Comme les films de Jacques Tati ou La Party de Blake Edwards, Walking on the Wild Side repose avant tout sur la mise en scène. Plus que des mots, la drôlerie de Walking on the Wild Side provient de son approche burlesque des corps et du mouvement. Ici, le quiproquo - ressort classique de la comédie - n’est presque jamais verbal (il l’est seulement lorsque l’homme demande à la femme de ménage “combien ça coûte”), mais le plus souvent visuel, basé sur l’image, sur des impressions fausses et trompeuses.La manière d’envisager le cadre, les plans, les gestes et les postures est constamment au cœur du dispositif comique, comme il l’est bien sûr dans les meilleurs films burlesques.Le quiproquo sur leurs intentions respectives est soigneusement entretenu jusqu’à ce que l’arrivée de l’homme nu dans le même espace qu’elle (le séjour) lève enfin le malentendu : si la jeune femme naïve est venue jusque chez lui c’est bien pour nettoyer son intérieur de vieux garçon, pas pour la gaudriole. À la méprise initiale, déjà fort amusante, succède alors une escalade de gags au crescendo admirablement géré. Dans un brusque retour à la réalité, notre improbable Don Juan se retrouve dans une position des plus inconfortables, tentant par tous les moyens de revenir en arrière et d’éviter l’humiliation liée à la découverte par la jeune femme de sa méprise. Bien évidemment, dans une classique logique comique, plus il essayera de se rattraper plus les choses se dégraderont.Sachant toujours trouver la juste distance, n’oubliant jamais que pour faire rire les personnages devaient aussi être émouvants, Walking on the Wild Side sait toujours éviter la vulgarité et la trivialité où son sujet aurait pu le faire verser. Dénué du cynisme de bien des comédies contemporaines, ce court métrage est de ces films dont les effets rateraient leur cible si leurs auteurs n’étaient bien de vrais cinéastes.

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Bibliographie

- Une encyclopédie du court métrage français, Jacky Evrard et Jacques Kermabon, Ed. Yellow Now, 2003.

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