"Le pain des hommes...", genèse d’une idée

, par  Mick Miel , popularité : 5%

Cette pièce de théâtre à été écrite par notre professeur d’histoire Monsieur Bartissol en s’inspirant d’un dossier fait par des élèves de notre classe sur la condition des femmes pendant la première Guerre Mondiale.

Les textes ont souvent été modifiés pour diverses raisons, par commodité de langage ou pour réduire la durée de la représentation, comme ça été le cas pour notre dernière représentation à Montpellier.

Les femmes qui mangent le pain des hommes

Lien sur "La chanson de Craonne"

La pièce

- Les personnages

- Résumé

- Texte Calvisson-Barcelone

- Texte Montpellier

Notre travail

Les personnages

Marthe, la mère, une paysanne, dont le mari est au front est jouée par SALAS Coralie.

Marie, la fille aînée, infirmière est jouée par PUYET Audrey.

Marguerite, la fille cadette, ouvrière est jouée par CODANI Laëtitia.

Anna, la tante, belle sœur de Marthe est jouée par MIOCHE Carine.

Angélique, religieuse, supérieure d’une institution de bienfaisance est jouée par AVENEL Manon.

La pièce :

La scène se déroule dans la salle principale de la ferme tenue par Marthe, en l’absence de Fernand son mari partit au front. Marthe et Marguerite ont diverses occupations ménagères pendant que Marie, se lime les ongles. Les deux sœurs commencent à se provoquer et deviennent arrogantes avec leur mère, l’arrivée de Tante Anna, la belle sœur de Marthe, et de sœur Angélique n’arrange rien aux querelles de Marie et Marguerite qui ont pour origine leur condition de vie pendant la Guerre. En effet Marguerite est paysanne, elle reste à la ferme aider sa mère ; alors que Marie est infirmière...
La jalousie de Marguerite envers la situation de sa sœur crée des tensions.
L’arrivée d’une lettre de leur père Fernand, qui est au front, dans laquelle il leur raconte la terrible histoire qui lui est arrivé, les ramènent à la dure réalité de la Guerre*.
Tristes et en colère, les deux sœurs sortent chacune leur tour exprimant leur rage sous les regards horrifiés de la religieuse de leur mère et tante face aux propos des jeunes filles.

*A noter : La lettre de cette pièce est une véritable lettre qu’un poilu à envoyé à son épouse pendant la Guerre de 14-18.

Bien chère Sylvaine,

Je ne peux m’empêcher de te dire que je suis dans une très mauvaise position, je souffre le martyre, j’avais bien raison de te dire avant de partir qu’il valait mieux être mort que d’être blessé, au moins blessé comme moi. Toute la jambe est pleine d’éclats d’obus et l’os est fracturé. Tous les jours quand on me panse, je suis martyr, lorsque avec des pinces, il m’enlève des morceaux d’os ou des morceaux de fer. Bon dieu que je souffre ! Après que c’est fini, on me donne bien un peu de malaga, mais j’aimerais mieux ne pas en boire. Je ne sais pas quand est ce qu’on me fera l’opération. Il me tarde bien qu’on en finisse d’un côté ou de l’autre. En plus de ça je suis malade ; hier il a fallu qu’on me donne un lavement. On doit m’en donner un autre ce soir, je ne sais pas si on l’oubliera pas, peut être que ça me fera du bien. Enfin, je suis mal à mon aise, pas pouvoir bouger, j’ai de la peine à prendre mon bouillon sur ma table de nuit. Je t’assure que c’est triste dans ma chambre ; nous sommes 29, personne ne peut bouger, des jambes cassées et des bras ou de fortes blessures et presque tous des réserviste comme moi. Je te dirai que je passe des mauvaises nuits, si l’on m’avait évacué jusqu’à Agen tu serais bien venue me soigner et j’aurai été content d’être auprès de toi. Et toi aussi ma chère Sylvaine de me voir, ça aurait été triste et une joie pas comme si je n’avais pas été blessé ; mais que faire, c’est ma destinée. Ma chère Sylvaine je te dis tout maintenant, je n’ai pas voulu te le dire la première fois pour ne pas te vexer, mais je vois que je suis obligé de t’aviser de ma situation. Ne te fais pas de mauvais sang, je m’en fais pas parce que je ne suis pas seul, vis en espoir et si jamais je reviens, je verrais mon fils grandir. Prie dieu bien fort qu’il me délivre de ma souffrance. Je t’embrasse bien fort.

Hugon Léon

Les différentes versions du texte

Version de Barcelone

A propos de.... ou “Comment les femmes mangent le pain des hommes....”

Marthe, à ses filles : Il est temps de nourrir les bêtes, nous n’avons plus beaucoup de temps avant l’arrivée de votre tante Anna. Je vais m’en occuper avec Marguerite, pendant que Marie prépare la table et prend quelque repos. Le repas est presque prêt...

Marguerite, coupant la parole à sa mère : Et pourquoi donc que Mademoiselle Marie n’aurait pas à s’occuper des bêtes aussi ?... Ce n’est pas un travail de gens des villes, n’est-ce-pas ?

Marie, coupant la parole à sa sœur ; “... Crois-tu que je reste en ville pour me tourner les pouces pendant que mon frère et mon père sont partis au front ? Il n’y a pas que des heureux tenanciers de boutiques qui vous vendent chiffons et coupons pour tailler nos tabliers ou robes de soirées...

Marguerite, moqueuse : “Et qu’y- a-t-il dans notre charmante petite ville, qui n’a pas vu une seule automobile depuis le début de la Grande Guerre ?

Marie, vexée et fière : “Il y a des âmes dévouées qui se penchent sur les lits de nos infortunés frères ou pères, soignant, lavant, pansant, réconfortant, des premières heures du jour à la tombée de la nuit...

Marguerite : “ ... veillant, coiffant, caressant, consolant... de mille manières, n’en doutons pas...

Marie : “ Oses-tu ...?”

Marthe : “ Arrêtez de vous déchirer, on croirait des harpies. Nous sommes toutes sœurs ou mères de nos soldats qui ont tant besoin de nous...”

Marguerite : “Et nous avons besoin d’eux, pour faire marcher les boeufs... Faut dire que s’il n’y avait pas cette maudite guerre, nous n’aurions pas à les faire marcher nos bœufs. Tu sais t’y prendre, la mère ?”

Marthe : “ On a su se débrouiller sans eux. Ces messieurs ne sont pas irremplaçables ! D’ailleurs ton père m’ a donné quelques conseils dans sa dernière lettre. ”

Les deux sœurs : “ Elle date de bien longtemps cette lettre. On la connaît par cœur tu nous l’as lu cent fois. “N’oublie pas ma tendre épouse de vérifier les écrous qui serrent le joug. Les bêtes forcent tellement dans la terre profonde qu’elles finissent pas ébranler la fixation. N’hésite pas à demander au vieux Fernand de la ferme au Bois. Il est fatigué, mais il est de bon conseil qu’il ne te refusera pas. Et je crois que sa bru doit affronter elle aussi les dures tâches du labour...”

Marie : “Merci pour les conseils. Mais ça va nous tuer au travail, leur boucherie, si vous voyez dans quel état sont les repliés du régiment d’Ardennes.

Marguerite : “Toi qui te prenais pour une héroïne... La consolatrice, la divine Marie, la Sainte Marie...

La mère : “ Ne blasphème pas. Et puis ta tante Anna va arriver d’un instant à l’autre. Elle sera accompagnée par Sœur Angélique, Supérieure de la Congrégation des Petites sœurs des Pauvres en visite dans le canton. Elle a tant de travail à visiter toutes les maisons de soins . Elle forme toutes les ambulancières et infirmières qui font le va-et-vient entre notre hôpital et le front.”

Marie :”Je n’ai pas attendu la sœur supérieure pour étudier, j’en avais tant envie, et père nous a aidées”

Marguerite : “ Et la guerre t’a donné la chance de ta vie ! Immédiatement embauchée au dispensaire et maintenant, “surveillante générale de tout le bâtiment !” . Madame reçoit tout son monde dans son bureau, et dîne le soir en ville. Bientôt on l’appellera Madame Docteur !” Ca te change de la ferme et du nettoyage des écuries !
Marie : “Je ne l’ai pas fait pour ça. Tu sais très bien que c’était père et Henri qui s’occupaient du travail. Nous on se contentait de ...”

Marguerite :”.... de raccommoder blouse, sarault chemise, chaussettes et même des sacs pour rentrer nos patates ! La belle vie, en attendant d’épouser le garçon vacher du fermier voisin pour nous faire rêver...”

Marie : “Mère a proposé de nous placer chez M. Raguenau pour tenir les écritures après notre apprentissage...”

Marguerite : “ placée chez M.Raguenau ! ... Plutôt rester à la ferme. Et de toutes façons il n’y a plus à se poser la question maintenant”

Marie : “En somme, la guerre t’a donné la chance de ta vie, à toi aussi ! Supplanter notre père, chef d’exploitation... Tu sais commander aux bêtes..mais pour étudier, c’est autre chose”

Marguerite : “ Suffit ! Va soigner tes gueules cassées, je ne supporte plus ton arrogance ...”

La mère “ Vous ne diriez pas ça si votre père était là, vous êtes...”

Les deux sœurs, fort :” Il n’est pas là ! : Tout bas : ... et il n’est pas sûr qu’il revienne..”

La mère : “Vous osez ?”

On frappe à la porte. Entre Tante Anna, accompagnée de Sœur supérieure.

Marthe : “Vous voilà enfin, nous vous attendions avec impatience. Les filles sont sur les nerfs. Je crains que la situation n’altère leur humeur ou leur bon sens. Elles osent dire que la guerre est une chance pour elles ! Ma sœur, j’en suis horrifiée !...”

Angélique, la religieuse : “Le Seigneur sera indulgent. Nos hommes souffrent, mais se battent pour une noble cause. Nous allons retrouver nos frères séparés de leur patrie depuis tant d’années. Cela mérite bien quelques sacrifices... C’est une chance de rachat pour bien des âmes ....”

Marie : “ Sacrifices ! Des hommes cloués, crucifiés, gazés ... pour l’indulgence du Seigneur ! Et nos frères séparés ? Ecrasés sous les obus, engloutis dans la boue des tranchées !

Marguerite : “ Et le travail d’Union sacrée que j’ai dû accepter pour payer les traites des semences et les vieux brassiers qui nous enlèvent les récoltes ! Tout en continuant à aider mère, qui s’épuise à la tâche et qui mange à peine à sa faim.”

Marie :” Si ton travail ne te plaît pas, conduis les tramways, la compagnie embauche désormais les femmes pour remplacer les conducteurs partis au front. Tu pourras faire l’élégante dans ta cabine...!” Et ne parlons pas de nos cousins de la ville qui ne peuvent compter sur un potager ou poulailler”

Marguerite :”En attendant, je continue à aider mère chaque soir,pendant que tu trâines en ville ! Et nos cousins des villes n’ont pas de potager pour se nourrir. C’est nous qui...”

Tante Anna, se tournant vers soeur Angélique : “ Il est vrai ma mère, que bien des souffrances auraient pu nous être épargnées. Mais s’il est bon de se repentir, ne pouvons-nous appeler de nos voeux une intervention divine qui hâterait la fin de nos maux”

Angélique, silencieuse : “ Implorons le Seigneur”

Marie et Marguerite s’écartent ostensiblement d’Angélique, Anna et soeur Angélique.
Marie s’adresse cependant encore à Angélique :

Marie : “Et faisons entendre notre voix.S’il est juste et charitable, ma Soeur, de porter secours et assistance à nos frères mutilés, à nos pères si généreux dans la lutte contre l’agression, il n’en est pas moins juste de considérer notre rôle à sa juste valeur. Pourrons-nous clamer fort cette vérité auprès de ceux qui nous gouvernent et nous défendent ?” Vont-ils continuer à nous accorder généreusement deux francs par jour pour payer notre travail ?

Marguerite :” A t’écouter, ma chère soeur, je ne suis pas vraiment insensible à tes propos. Penses-tu que nos téméraires compagnes d’infortune qui réclament “le droit de vote” ne sont pas l’objet de la risée de ces messieurs...qui nous emploient dans leurs usines de mort, à tourner des obus et les remplir de poudre ?

Deux groupes bien distincts se sont formés :

Marthe : “Le droit de vote.Que ne vont-elles pas imaginer. Comment ira le monde ? Nous devons bien assistance à nos maris et nous ne comprenons rien des discours d’un sénateur. Nous avons bien mieux à faire avec nos familles à nourrir. Restons près d’eux par la pensée pour les secourir. Ils sont si courageux et pensent toujours à nous dans leur malheur. Tenez, ma Soeur, dans sa dernière lettre, Fernand ...”
Marie et Marguerite : “ ...te donnait de gentils conseils pour atteler les boeufs...”

Marthe poursuit : “ ...et il ne cessait de m’encourager à bien tenir ma maison pour son retour qui ne saurait tarder, depuis qu’il avait été replié dans les tranchées de réserve pour un repos bien mérité.
Tout est calme ici, et les tirs ennemis tombent bien loin de nos postes ...Il est soigné pour une mauvaise bronchite, mais il a gardé le moral. Sa lettre est un encouragement, un espoir que je ne saurai trahir !”

Tante Anna : “ Notre frère est un homme de coeur, et je connais sa fidélité. Nous saurons l’accueillir avec Henri, si jeune, et qui a voulu partir pour rejoindre son père. Magnifique exemple. Marthe, tu es une soeur exemplaire. Tes deux hommes.... Que de regrets ai-je de ne pas m’être mariée avant cette guerre, pour participer aussi à votre merveilleux combat....”

Soeur Angélique : “ Vous vous dépensez sans compter pour nos oeuvres. On ne saurait être plus humble et généreuse . Que votre exemple soit suivi par toutes les femmes et nous ne ferons qu’une bouchée de nos agresseurs !...”

Tante Anna : “Ma soeur, vous êtes bonne !...”

Marthe : “ Il est temps de passer à table, vous devez être épuisées après votre tournée.”

On sonne . Une préposée apporte un courrier à Marthe.Toutes s’assemblent autour de la mère.

Mathe, Anna : “C’est une lettre du front. C’est Fernand ou Henri ?” C’est leur écriture, ils sont sûrement en vie !”

“Ma très chère Marthe ;
Je ne peux m ‘empêcher de te dire que je suis dans une très mauvaise position, je souffre le martyre . J’avais bien raison de te dire avant de partir qu’il valait mieux être mort que d’être blessé, au moins blessé comme moi. Toute la jambe est pleine d’éclats d’obus et l’os est fracturé.Tous les jours quand on me panse, je suis un martyr, lorsqu’avec des pinces on m’enlève des morceaux d’os ou des morceaux de fer.
Bon Dieu, que je souffre ! Après que c ‘est fini, on me donne bien un peu de malaga, mais j’aimerais mieux ne pas en boire ! Je ne sais pas quand on me fera l’opération.Il me tarde bien qu’on en finisse d’un côté comme de l’autre.
Je t’assure que c’est triste dans ma chambre. On est vingt neuf, personne ne peut bouger, des jambes cassées et des bras ou de fortes blessures et presque tous des résevristes, comme moi. Je te dirai qu’on passe de vilaines nuits . Si on m’avait évacué jusqu’à Agen, tu serais certainement venue me voir, et Marie aurait pu me soigner. J’aurais été bien content d’être auprès de vous toutes.
Mais toi aussi, ma bonne Marthe, tu aurais été triste et j’aurais pas voulu. Mais que faire, c’est ma destinée. Ma chère Marthe,, je te dis tout maintenant, je n’ai pas voulu te le dire au début, mais je vois que suis obligé de t’aviser de ma situation.
Ne t’en fais pas, vis en espoir, et si jamais je reviens je verrai mon fils . Je n’ai pas de nouvelles de mon petit Henri. Mais le commandant m’a dit que les plus jeunes volontaires n’étaient pas envoyés en première ligne J’ai bon espoir pour lui.Prie Dieu bien fort qu’il me délivre de ma souffrance et protège notre enfant. . Je t’embrasse bien fort. »

A la fin de la lecture, toutes restent silencieuses.Marthe, Marie, Anna essuient leurs yeux embués de larmes. Marguerite rompt le silence.

Marguerite : « Eh bien ! Ma soeur, vous saurez pour qui prier après ce bon repas. Profitez-en bien, je vous laisse ma part de gâteau. » Elle sort, au grand dam de sa mère qui s’exclame d’indignation « Oh !... »

Marie : « Nous n’avons pas remercié la préposée de nous avoir apporté de si bonnes nouvelles ! Les infirmières et les médecins ont de beaux jours devant eux. Mais au train où vont les choses, on va bientôt demander aux femmes de prendre la place des hommes sur les champs de bataille »
Sœur Angélique : « Vous n’avez pas honte ! Que le seigneur nous en protège ! »
Anna : « Mes nièces ont perdu la tête ! Tu avais raison, ma chérie. Que veulent-elles donc ? »
Marie : « On vous l’a dit, ma tante : prendre la place des hommes ! Ca ne vous tente donc toujours pas ? L’égalité, ce n’est pas votre fort ? Eh bien, bon appétit !Vous avez donc honte de manger le pain des autres ? »

Elle sort vivement. Marthe, Anna et la religieuse se retrouvent seules....Elles s’installent à table et Marthe déclare :

« En l’absence de Fernand, c’est à vous , ma mère, qu’il revient de réciter le « Benedicite ».

RIDEAU

Version de barcelonne
Marthe, à ses filles : Il est temps de nourrir les bêtes. Je vais m’en occuper avec Marguerite.

Marguerite, coupant la parole à sa mère : Et pourquoi donc que Mademoiselle Marie n’aurait pas à s’occuper des bêtes aussi ?...Ce n’est pas un travail de gens des villes, n’est-ce-pas ?

Marie, coupant la parole à sa soeur ; “...Crois-tu que je reste en ville pour me tourner les pouces pendant que mon frère et mon père sont partis au front ?

Marguerite, moqueuse : “Et qu’y- a-t-il dans notre charmante petite ville, depuis le début de la Guerre ?

Marie, vexée et fière : “Il y a des âmes dévouées qui se penchent sur les lits de nos infortunés frères ou pères, soignant, lavant, pansant, réconfortant, des premières heures du jour à la tombée de la nuit...

Marguerite : “ ...veillant, coiffant, caressant, consolant... de mille manières, n’en doutons pas...

Marie : “ Oses-tu ...?”

Marthe : “ Arrêtez ! On croirait des harpies. Nous sommes toutes soeurs ou mères de nos soldats qui ont tant besoin de nous...”

Marguerite : Faut dire que s’il n’y avait pas cette maudite guerre, nous n’aurions pas à les faire marcher nos boeufs. Tu sais t’y prendre, la mère ?”

Marthe : “ On a su se débrouiller sans eux. Ces messieurs ne sont pas irremplaçables ! D’ailleurs ton père m’ a donné quelques conseils dans sa dernière lettre. ”

Les deux soeurs : “ Elle date de bien longtemps cette lettre. On la connaît par coeur tu nous l’as lu cent fois. “N’oublie pas ma tendre épouse de vérifier les écrous qui serrent le joug. Les bêtes forcent tellement dans la terre profonde qu’elles finissent pas ébranler la fixation. N’hésite pas à demander au vieux Fernand de la ferme au Bois. Il est fatigué, mais il est de bon conseil qu’il ne te refusera pas.Et je crois que sa bru doit affronter elle aussi les dures tâches du labour...”

Marie : “Ca va nous tuer au travail, leur boucherie, si vous voyez dans quel état sont les repliés du régiment d’Ardennes.

Marguerite : “Toi qui te prenais pour une héroïne... La consolatrice, la divine Marie, la Sainte Marie...

La mère : “ Ne blasphème pas.”

Marguerite : “ Et la guerre t’a donné la chance de ta vie ! Embauchée au dispensaire et maintenant, “surveillante générale de tout le bâtiment !” . Ca te change de la ferme et du nettoyage des écuries !
Marie : “Je ne l’ai pas fait pour ça. Tu sais très bien que c’était père et Henri qui s’occupaient du travail. Nous on se contentait de ...”

Marguerite :”....de racommoder blouse, sarault chemise, chaussettes et même des sacs pour rentrer nos patates ! La belle vie, en attendant d’épouser le garçon vacher du fermier voisin pour nous faire rêver. Et de toutes façons il n’y a plus à se poser la question maintenant”

Marie : “En somme, la guerre t’a donné la chance de ta vie, à toi aussi ! Supplanter notre père, chef d’exploitation...Tu sais commander aux bêtes...mais pour étudier, c’est autre chose”

Marguerite : “ Suffit ! Va soigner tes gueules cassées...”

La mère “ Vous ne diriez pas ça si votre père était là, vous êtes...”

Les deux soeurs, fort :” Il n’est pas là ! ”

La mère : “Vous osez ?”

On frappe à la porte. Entre Tante Anna, accompagnée de Soeur supérieure.

Marthe : “Anna ! Sœur Angélique ! Les filles sont sur les nerfs. Elles osent dire que la guerre est une chance pour elles ! Ma soeur, j’en suis horrifiée !...”

Angélique, la religieuse : “Le Seigneur sera indulgent. Nos hommes souffrent, mais se battent pour une noble cause. Cela mérite bien quelques sacrifices...

Marie : “ Sacrifices ! Des hommes cloués, crucifiés, gazés ...pour l’indulgence du Seigneur ! Et nos frères séparés ? Ecrasés sous les obus, engloutis dans la boue des tranchées !

Marguerite : “ Et mère et moi, qui nous épuisons à la tâche...”

Marie :” Si ton travail ne te plaît pas, conduis les tramways, la compagnie embauche désormais les femmes pour remplacer les conducteurs partis au front. Tu pourras faire l’élégante dans ta cabine...!”

Marguerite :”En attendant, je continue à aider mère chaque soir,pendant que tu trâines en ville !

Anna, se tournant vers soeur Angélique : “ Il est vrai ma mère, que bien des souffrances auraient pu nous être épargnées.”

Angélique, silencieuse : “ Implorons le Seigneur”

Marie et Marguerite s’écartent ostensiblement d’Angélique, Anna et soeur Angélique.
Marie s’adresse cependant encore à Angélique :

Marie : “Etconsidérons notre rôle à sa juste valeur. Ceux qui nous gouvernent et nous défendent ?Vont-ils continuer à nous accorder généreusement deux francs par jour pour payer notre travail ? »

Marguerite :” Ma chère soeur, je ne suis pas insensible à tes propos. Mais nos compagnes d’infortune qui réclament “le droit de vote” ne sont pas l’objet de la risée de ces messieurs...qui nous emploient dans leurs usines de mort, à tourner des obus »

Deux groupes bien distincts se sont formés :

“Ma très chère Marthe ;
Je ne peux m ‘empêcher de te dire que je suis dans une très mauvaise position, je souffre le martyre . J’avais bien raison de te dire avant de partir qu’il valait mieux être mort que d’être blessé, au moins blessé comme moi. Toute la jambe est pleine d’éclats d’obus et l’os est fracturé.
Je t’assure que c’est triste dans ma chambre. On est vingt neuf, personne ne peut bouger, des jambes cassées et des bras ou de fortes blessures et presque tous des résevristes, comme moi. Je te dirai qu’on passe de vilaines nuits . Si on m’avait évacué jusqu’à Agen, tu serais certainement venue me voir, et Marie aurait pu me soigner. J’aurais été bien content d’être auprès de vous toutes.
Mais toi aussi, ma bonne Marthe, tu aurais été triste et j’aurais pas voulu. Mais que faire, c’est ma destinée. Ma chère Marthe,, je te dis tout maintenant, je n’ai pas voulu te le dire au début, mais je vois que suis obligé de t’aviser de ma situation.
Ne t’en fais pas, vis en espoir, et si jamais je reviens je verrai mon fils . Je n’ai pas de nouvelles de mon petit Henri. Mais le commandant m’a dit que les plus jeunes volontaires n’étaient pas envoyés en première ligne J’ai bon espoir pour lui.Prie Dieu bien fort qu’il me délivre de ma souffrance et protège notre enfant. . Je t’embrasse bien fort. »

A la fin de la lecture, toutes restent silencieuses.Marthe, Marie, Anna essuient leurs yeux embués de larmes. Marguerite rompt le silence.

Marguerite : « Eh bien ! Ma soeur, vous saurez pour qui prier après ce bon repas. Profitez-en bien, je vous laisse ma part de gâteau. » Elle sort, au grand dam de sa mère qui s’exclame d’indignation « Oh !... »

Marie : « Nous n’avons pas remercié la préposée de nous avoir apporté de si bonnes nouvelles ! Les infirmières et les médecins ont de beaux jours devant eux. Mais au train où vont les choses, on va bientôt demander aux femmes de prendre la place des hommes sur les champs de bataille »
Soeur Angélique : « Vous n’avez pas honte ! Que le seigneur nous en protège ! »
Anna : « Mes nièces ont perdu la tête ! Tu avais raison, ma chérie. Que veulent-elles donc ? »
Marie : « On vous l’a dit, ma tante : prendre la place des hommes ! Ca ne vous tente donc toujours pas ? L’égalité, ce n’est pas votre fort ? Eh bien, bon appétit !Vous avez donc honte de manger le pain des autres ? »

Elle sort vivement. Marthe, Anna et la religieuse se retrouvent seules....Elles s’installent à table et Marthe déclare :

« En l’absence de Fernand, c’est à vous , ma mère, qu’il revient de réciter le « Benedicite ».

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